Partagez | 
 

 Final de l'arène de l'EXPIATION

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
« »
★ Âge : Immortel
★ Occupation : Torturer les joueurs ^^
☆ Humeur : Sadique
☆District : Tous

○ Points : 4414
○ Barre de vie :
Final de l'arène de l'EXPIATION Left_bar_bleue200 / 200200 / 200Final de l'arène de l'EXPIATION Right_bar_bleue



Final de l'arène de l'EXPIATION Vide
MessageSujet: Final de l'arène de l'EXPIATION   Final de l'arène de l'EXPIATION EmptyJeu 1 Fév - 22:27

!! soirée discord !!
dernier indice avant de trouver le code:
Final de l'arène de l'EXPIATION Giphy





Final de l'arène de l'Expiation
Expiation - 175ème édition des Hunger Games


Final de l'arène de l'EXPIATION 0b8a680babdc479cdb8248809fcc58d2













[table id=" class=" class=" align=" align=" border=" border=" cellspacing=" cellspacing=" frame=" frame=" rules=" rules=" summary=" summary=" width=" width=]
[tr id=" class=" class=" style=" style= align=][td id=" class=" class=" abbr=" abbr=" align=" align=" axis=" axis=" colspan=" colspan="1" headers=" height=" height=" rowspan=" rowspan="1" scope= width=]

Là où tout commence et tout fini
Que le sort vous soit favorable...
__________________________



La nuit était profonde. L’obscurité pesante rendait l’atmosphère étouffante alors même qu’une fraîcheur inhabituelle s’était abattue sur l’arène. Pourtant, aucun d’eux ne parvenait à respirer.

Il y avait celui dont le souffle s’était arrêté depuis peu et dont le cadavre encore chaud allait bientôt être débarrassé par un hovercraft spécialement affrété. Aedan avait été courageux et avait tant grandi depuis qu’il avait été moissonné. Malheureusement, il ne pourrait jamais être ce garçon bien plus sûr de lui hors de l’arène…

Il y avait aussi ce carrière à la carrure impressionnante qui avait l’impression que chaque bouffée le terrassait d’une douleur encore plus vive au cœur. Les images hantaient Nathanaël, particulièrement celle du fantôme de cette fille à laquelle il avait été lié et dont il ne cessait de se reprocher la mort.

Un autre voyait sa respiration devenir de plus en plus rauque au fur et à mesure que les minutes s’égrainaient. Jason comprenait peu à peu que la mort l’attendait là, le corps recroquevillé dans le sable fin à même la dalle tiède de la vaste pyramide. Son amie, non celle qui avait toujours été plus qu’une amie, ne reviendrait pas à temps.

Deux autres voyaient leurs inspirations s’entremêler. Amy et Chloé se dévisageaient, se jaugeaient. L’une était au sol et pourtant elle paraissait plus dangereuse que jamais avec son air d’animal blessé, un animal sauvage dont il fallait se méfier. Sa jambe était sanguinolente et le liquide pourpre reluisait sous la lune haute, mais elle s’accrochait parce qu’elle avait encore une raison de se battre. Contrairement à tous les autres dans cette arène, la tribut du District Dix avait encore quelqu’un à sauver d’autre qu’elle-même.

Sa rivale, elle qui s’opposait pourtant de toute sa hauteur et de toute sa bien portance, perdait en réalité le fil de ses pensées. Sauver ou tuer ? Comprendre ou mettre fin à ce calvaire ? Malgré ses serments, voilà qu’elle menaçait une femme blessée, à terre, qui nécessitait des soins… et elle ressentait au fond d’elle-même une soif de sang, un appétit de vengeance.

Perdues dans les dunes, le son de leur bataille résonna à peine. Les grains semblaient atténuer la réverbération du bruit et, même si les mots qu’elles s’échangèrent furent douloureux, ils furent un mal nécessaire. Nécessaire pour leur donner la force de se battre jusqu’à la mort. Car, après le dernier coup de canon qui sonnait la fin d’Aedan et avec le bluff des Juges quant au coup de canon fictif qui avait résonné un peu plus tôt, chacune songeait que la victoire était à portée de main… Trois. Ils n’étaient plus que trois tributs en vie selon leurs comptes inexacts et les Juges espéraient que cette croyance sournoise leur donnerait une hargne suffisante pour que le combat soit grandiose, un pré-final qui marquerait enfin les esprits de l’Expiation.

Le nom d’un mort fut mis sur le tapis. Adam, le co-tribut d’Amy. Chloé s’en joua, elle mentit avec un jeu d’acteur excellent qui fit glousser les capitoléennes d’horreur et saliver les plus vicieux de leurs compagnons : Jason l’avait tué selon elle, il avait perdu la tête et en la voyant lié à cet autre il aurait complètement perdu pied. Un massacre, une abomination, disait-elle en feignant des pleurs plus vrais que nature. Elle disait même qu’elle tentait de lui échapper quand elle était tombée sur Amy et lui proposait qu’elles fuient ensemble vers la Corne avant qu’il n’arrive. Au fond d’elle, la jeune boulangère savait que tous les coups étaient permis pour sauver le seul qui pourrait vous accepter telle que vous étiez, telle que vous étiez devenue après « tout cela ».

Amy avait détourné les yeux une seconde à peine en direction de la dune d’où elle avait fait chuter sa victime. Quelque part, elle aurait aimé croire cette fille allongée devant elle et dont la silhouette vulnérable l’implorait. Un instant, elle avait presque oublié qu’elle était dans l’arène et qu’ici la moindre erreur pouvait coûter la vie… Elle avait oublié qu’il fallait bien que la suppliciée ait retiré « un morceau » à Adam pour ne pas subir le coup fatal… Son inattention avait suffi à Chloé pour lui sauter au visage et lui entailler profondément la chair : de l’angle droit de sa mâchoire jusqu’au menton, une balafre ensanglantée s’était dessinée dans les traits auparavant si fins d’Amy Wetthrone. A croire que le destin aime se jouer des coïncidences et entremêler les sorts dans sa pièce tragique : au même moment où elle saignait, son propre père se vidait de son sang sur les marches claires d’un parvis de gare au District Un…

Profitant de la surprise d’Amy, Chloé avait tenté de s’enfuir vers le plan d’eau à une centaine de mètres. La pauvre ne savait pas qu’elle avait fait basculer une âme pourtant plus solide qu’on ne l’avait cru. Elle arrivait au bord de l’Oasis lorsqu’Amy l’avait rattrapée. Endurcie par la douleur et le chagrin, la tribut du Dix avait été projetée dans l’eau encore tiède, Amy chutant dans son dos dans un cri qui aurait paru ridicule s’il n’était pas sorti du plus profond de son être, où ne régnait qu’une incontrôlable frénésie.

Qu’est-ce qu’ils avaient pu aimer ce spectacle au Capitole… Enfin de l’action. Les deux plus fortes tributs en train de se battre comme des tigresses dans un combat épique et sans règle dont tous connaissaient la seule loi : une seule en ressortirait victorieuse. Amy, elle ne savait plus réellement ce qu’elle faisait là mais elle savait qu’elle devait le faire, que c’était indispensable. La rage la consumait, il fallait qu’elle venge son ami Adam, il fallait qu’elle exorcise la vision d’un Nate fantomatique devant ses yeux, il fallait que tout cela s’arrête.

L’eau assombrie par la nuit éclaboussait leurs visages meurtris, entre terreur et survie seule la violence pouvait encore exorciser leurs démons. Ceux qui vivaient encore dans l’arène et les empêchaient de provoquer la fin de ce jeu immonde, mais aussi et surtout ceux qui les hanteraient jusqu’à la fin de leur jour. Elle approchait d’ailleurs pour l’une d’entre elles, tapie dans l’ombre comme un machiavélique final, une échappatoire terriblement tentante et effrayante.

Leurs corps se débattaient, animés par une rage qu’elles découvraient et expérimentaient avec ardeur et le plaisir de l’adrénaline. La caméra virevoltait, diffusant des images d’une nette étonnante malgré les mouvements vifs et rapides de deux êtres appelant la vie plutôt que la mort. Tous ceux qui se trouvaient devant leur écran retinrent leur souffle, elles étaient belles ces tributs : d’autant plus maintenant que la conscience qu’il s’agissait d’un combat à mort les agitait.

Dans un manège à donner le tournis, leurs visages disparaissaient à intervalles réguliers. L’une plongeait son adversaire dans l’eau, puis l’autre l’agrippait avec tant de force que les rôles s’inversaient.

Pourtant, la danse macabre se stoppa soudain. Un coup de canon avait retenti. Sec, brutal. Sans appel.

Chloé apercevait ses longues mèches châtain flotter autour d’elle et les traits d’une tribut qu’elle ne voyait plus réellement… Seule l’image de Jason s’imprima devant ses yeux ébahis, elle lâcha un hoquet de douleur et sentit l’eau emplir ses poumons. Elle n’aurait jamais cru qu’on ressentait une brûlure lorsqu’on se noyait, car c’est ce qui lui arrivait à présent. Sous ses mains, Amy sentait que sa victime avait cessé de se battre à l’instant même où le son funeste avait déchiré l’air aride. La vie pouvait quitter une personne de bien des manières et Chloé était morte à l’instant même où elle avait compris.

Les yeux encore ouverts dans le vide, Jason gisait dans la pyramide. Mort. Ses blessures lui avaient finalement été fatales… Le sang maculait le sable et, bien qu’il ne le saurait jamais, il venait d’emporter avec lui sa co-tribut, sa chère amie, la seule qu’il ait jamais aimé sans qu’elle ne puisse lui accorder le même sentiment en retour…

Ils n’étaient pas liés. Elle aurait pu vivre. Mais quelle vie aurait-elle eu ? Une existence dans laquelle elle savait que personne jamais ne lui pardonnerait, où personne ne pourrait accepter ce qu’elle avait fait parce que le seul qui aurait pu tout tolérer d’elle n’était plus. Alors elle lâcha prise, elle renonça. La tribut si forte du District Dix dont on la disait capable de gagner venait de bousculer tous les pronostics. Pire qu’un suicide, elle laissa simplement une Amy à la fois incrédule et suffisamment méfiante et en colère la maintenir sous l’eau jusqu’à ce qu’elle ne sente plus qu’un corps inerte sous ses paumes, couvertes d’un sang invisible. Finalement, la douleur et le tournis emportèrent Chloé dans les abysses avec pour dernière image floue, dans les flots qui l’enveloppaient de leur voile rassurant, l’impression d’avoir pu choisir une chose dans sa vie, ne plus souffrir. Se battre n’était qu’une illusion. Renoncer l’absolution. Adieu Jason, adieu Panem.

Un nouveau coup de canon retentit. Le District Dix venait de tirer sa révérence.

Les yeux de la fille du Dix venaient de devenir vitreux : son choix de quitter cette vie de souffrance avait été si soudain qu’elle n’avait même pas pris la peine de fermer ses paupières. Amy aurait dû lâcher. Laisser ce corps sans vie dériver au large. Mais la haine battait tellement dans son corps que ses mains serrèrent d’autant plus la gorge inerte de cette tueuse. Comment osait-elle partir sur sa décision ? Sans donner de réponse ! En se moquant ouvertement d’elle, par deux fois en plus ! Incapable de serrer les dents, à cause du souvenir cuisant de Chloé, elle hurla de rage, hurla à l’injustice de ce monde, où l’on ne pouvait même plus réclamer vengeance pour ceux qui avaient été oubliés de tous. Pourquoi cette traînée avait pu partir quand elle l’avait décidé après avoir condamné Adam, de quelque manière que ce soit ?

La rage d’Amy était teintée de l’ivresse de la survie et de la force de la loyauté. Elle finit pourtant par laisser le cadavre lui filer entre les doigts, tout comme elle avait laissé son âme innocente s’effacer doucement dans l’arène… De plus en plus, elle avait cette sensation indescriptible de vide. La tribut du Cinq avait perdu le compte des morts depuis bien longtemps, tant et si bien qu’elle n’avait aucune idée du nombre de jeunes encore en vie quelque part dans le sable léger, dans les marécages angoissants ou dans la gigantesque pyramide.

Nathanaël n’en avait, lui, pas perdu une miette. Seul. Telle était la seule conclusion qui s’imposait dans son esprit. Avec ces deux derniers coups de canon qu’il ne parvenait pas à se justifier autrement que par la lutte à mort de deux tributs qui auraient fini par s’entretuer, il se croyait dernier survivant. Sa respiration sembla se suspendre un instant, l’air resta bloqué dans ses poumons gonflés. Aucun bruit, aucune vision révélatrice, juste des sons et des images qui défilaient par transparence devant ses yeux fuyants : des souvenirs qu’il essayait de chasser depuis qu’il s’était détourné du corps d’Aedan. Pearl, Amy,… Elles avaient été ses co-équipières et elles étaient mortes. S’il n’avait pas vu la première périr, il ne pouvait extirper ce spectre atroce de ses pensées. Pire, il ne pouvait bannir ce sentiment nouveau qui avait pris possession de tout son être : la culpabilité.

Si… S’il ne l’avait pas rencontrée lors des entraînements. S’il n’avait pas été lié à elle. S’il n’avait pas souhaité briser ce lien. Si elle était toujours en vie. S’il ne l’avait pas tuée.

S’il avait eu plus confiance en elle, ils auraient pu s’en sortir à deux. Bien sûr, cela n’avait jamais été annoncé clairement mais être liés à la vie à la mort ça devait bien être ça, non ? Cette simple pensée donnait à Nate un dégoût profond de lui-même. Il en avait tué pas mal des gosses dans cette arène, mais s’il n’avait pu en sauver qu’une… Et il aurait pu. Seulement, il avait été lâche.

Cette affirmation insensée lui donnait le vertige et la nausée.

Le carrière était resté immobile un moment après que le bruit sec des canons ait résonné. Cependant, rien ne se produisit. Rien, pas une éclaircie dans ce ciel artificiel qui le dominait et dont la noirceur alimentait l’obscurité dans laquelle il s’enfonçait chaque minute davantage. Aucun hovercraft ne vînt et doucement l’impression d’étrangeté prit le dessus. Alors il se mit à marcher vers la corne car, quoi qu’il arrive, il savait que la plupart des arènes trouvaient leur apogée dans l’Abondance : celle qui couvrait de gloire et noyait de désespoir.

Il ne sut pas réellement quand il arriva dans la vaste étendue qui séparait la corne calcinée des autres zones. Même les saboteurs n’étaient plus de ce monde, pensa-t-il simplement avant que le pincement dans sa poitrine de le secoue à nouveau : c’est ici même qu’il avait retrouvé Amy avant de l’y abandonner à la faucheuse. Vingt-quatre tributs, un seul vainqueur.

Qu’attendait-on pour le sortir de là ? Se pouvait-il qu’il se soit trompé ? Qu’il ne soit pas encore l’unique survivant ? Peut-être n’était-ce pas fini après tout.

La respiration de Nate s’accéléra, il monta au sommet de la Corne. De là-haut, il pourrait apercevoir toute l’immensité autour d’elle : si belle et cruelle. Il se sentirait même peut-être mieux s’il pouvait ressentir l’honneur de se tenir là car, une chose était sûre, qui que soit celui qui se présenterait à la Corne, il mourrait. Il mourrait parce qu’il refusait de cracher sur l’honneur. Plutôt être dévoré par un avenir possible qui jamais ne serait que de laisser un parfait inconnu, un tribut sans envergure, lui voler sa victoire. A peine eut-il escaladé la Corne qu’il constata avec un soupçon d’incompréhension qu’aucun cadeau n’y était perché. Le festin avait été annoncé plus tôt et sauf si d’autres étaient venus se servir en son absence, il fallait se résoudre à admettre qu’il n’avait pas eu lieu : sinon comment expliquer que pas une tâche ne rougeoie sous la clarté de la lune qui était à son apogée.

Sa douce clarté d’argent baignait le paysage. Les lignes de l’horizon ressortaient avec une beauté saisissante qu’Amy ne remarquait pas pendant que chacun de ses pas lui donnait la sensation de s’enfoncer encore plus profondément dans le sable fin. C’en était presque rassurant de sentir la douce chaleur du sol sur ses chevilles, là où d’autres l’aurait assimilé à des étaux les emprisonnant, Amy y voyait un ancrage qui lui permettait de ne pas basculer totalement.  Ne pas s’effondrer était primordial. Elle n’aurait plus su en dire la raison, mais elle savait qu’il fallait qu’elle avance coûte que coûte. Qu’elle mette de la distance entre l’oasis et elle, qu’elle gagne la Corne parce que c’était l’endroit où tout avait commencé et que c’était là que tout finirait.

Sans le savoir, tous deux voulaient en finir.

Elle, l’arc de la tribut du Dix dans sa main et le couteau à sa hanche. Lui, la hache serrée dans ses poings.

Elle émergea bientôt des dunes, telle une sirène qui se pose sur le rivage et ensorcelle le marin sur son navire au large. A l’instant même où il la vit, tout son esprit dériva. Elle ne l’avait pas vu, elle continuait donc à voguer vers ce phare d’Abondance. Cette pyramide de cendres où allait se sceller un instant d’éternité.

D’abord méfiant, puis totalement stupéfait, Nate crut perdre la tête. Ses muscles tendus provoquèrent quelques gloussements devant leurs écrans des capitoléennes en manque de mâle : certaines jurèrent devant leurs amies de réserver sa première nuit dans leur belle capitale pour lui servir les honneurs des plus grands vainqueurs… D’autres pleurèrent en comprenant quelle histoire d’amour maudite était en train de se produire devant leurs yeux embués de larmes, les trentenaires revirent la victoire d’une autre tribut du District Un et eurent un hoquet choqué en ressentant la déception amère d’une édition d’Expiation si peu originale. A vrai dire, nombreux étaient ceux qui faisaient partie de cette dernière catégorie…

Néanmoins, dans l’arène, aucun des deux tributs restants ne réalisait encore tout cela. Les enjeux, les paris, … Tout cela n’avait aucun sens. N’existait pas.

C’est pour cette raison que Nate eut cette réaction folle qui fit frémir la totalité des Juges présents dans la salle de contrôle. Une vague de désapprobation passa dans les traits des Haut-Juges, Arcas lança un regard furibond tandis que l’expression d’Hespéros se ternissait d’un air grave.

Nate venait de dévaler les marches avec une impatience pressée, un besoin insatiable de soulagement, et s’élançait à présent vers Amy. Il avait cru à un fantôme, une nouvelle mutation des Juges puis il avait compris : elle n’était pas une mutation, c’était le spectre qu’il avait vu précédemment qui l’était. Le poids dans l’estomac s’était envolé à la seconde même où il avait saisi la supercherie, puis avec elle la culpabilité. Il lui semblait voler à chacune de ses foulées. Que cette légèreté était grisante, plus intense à chaque fois que la distance entre leurs deux corps se réduisait…

Le doute, puis l’angoisse, la peur et la terreur… Amy était à présent paralysée. Elle n’avançait plus vers la Corne mais ses jambes refusaient également qu’elle s’enfuit. C’était fini. Maintenant, cette arène allait prendre fin. Cette silhouette qui s’approchait d’elle, ombre épaisse et large qui se fondait dans un clair-obscur glaçant, Amy ne parvenait pas à l’analyser mais elle avait l’intime conviction que c’était à présent entre elles que tout se jouait. Entre cette forme anonyme et elle, la fille que personne n’aurait imaginé en arriver là. Ces considérations étaient si lointaines qu’elles ne l’effleurèrent même pas.

Ils étaient tous deux dans le présent. L’ici et maintenant.

Dans un réflexe qu’elle ne maîtrisait pas, Amy glissa une flèche dans l’arc et le leva. Les tremblements le faisaient tressauter, tant et si bien qu’elle entra en apnée pour se stabiliser. Il était bien plus compliqué de tirer sur la corde qu’elle l’avait pensé, maintenir cette tension sans faillir jusqu’à être sûre de l’atteindre, souffrir pour vivre. Au fond, elle n’arrivait plus à se détacher de cette certitude que toute sa vie se résumerait désormais à cela : de la souffrance, encore et toujours. A chaque inspiration, à chaque pas, à chaque ombre qui ondulerait sur les murs.

- Amy ! Ne tire pas, c’est moi ! Nate !

La flèche aurait fendu l’air et peut-être même le crâne de Nate si cette étincelle ne s’était pas ravivée en cette fille perdue. Une lueur d’incompréhension, de surprise, voire d’espoir. Sa voix l’avait sortie de ses automatismes, ramenée dans la réalité. Elle le reconnaissait à présent sans encore reconstituer pour autant le fil des évènements : il était là et cela lui suffisait.

Dans un élan de soulagement, leurs corps faillirent s’entrechoquer avant que Nate ne stoppe son élan juste devant elle. Amy était si belle et cela le blessait de voir se dessiner dans ses traits l’horreur terrible d’un désarroi immense.

- Oh Amy… murmura-t-il en inclinant sa tête jusqu’à ce que son visage s’enfouisse dans les cheveux en bataille de cette fille qu’il croyait morte. J’ai cru que…

Son odeur douceâtre ravivait la douleur amère qu’il avait ressenti lors de l’apparition fantomatique, pourtant il ne s’était pas senti aussi bien depuis des heures, non des jours.

Amy n’osait plus bouger. La chaleur qui émanait du torse de Nate l’apaisait et, quand elle releva la tête et aperçut ses yeux brillants, ils échangèrent un baiser de désespoir.

Le contact cessa, bien trop bref pour être réellement réconfortant. Déjà Nathanaël parcourait du regard les marécages, les dunes et l’espace de la pyramide pour en sonder les détails sans rien remarquer d’anormal. Le silence était encore plus insidieux que l’auraient été des cris de détresse ou de menace.

-  Ça va ? Tu n’as rien ?

Incapable de parler, Amy se contenta de secouer la tête.

- On doit monter à la Corne, s’il reste des tributs ils vont les faire revenir vers ici : de là-bas, on pourra les abattre.

L’espace d’une seconde, le tribut du District Un était redevenu le carrière méthodique qu’il avait été au début de l’arène. Il lui parut qu’il s’était écoulé une éternité depuis… La seule chose tangible qui lui restait, c’était cette fille dont la mort l’avait tant touchée : non pas parce qu’il ressentait peut-être quelque chose de beau qui jamais ne pourrait s’épanouir dans un lieu si funeste, mais tout simplement parce qu’il savourait avec plaisir le vide qu’avait laissé dans son esprit, la culpabilité enfin évacuée.

Attrapant la main d’Amy, ils coururent côte à côte. Les marches furent longues à gravir, ils purent ensuite se rejoindre au centre du sommet tels des bâtisseurs se plaçant au point culminant de leur œuvre pour en admirer la portée. Devaient-ils attendre ? Nate en était persuadé. Avec la confiance qu’il avait retrouvée, il savait qu’il n’aurait aucun mal à les combattre tous. Cette bataille serait sans pareille, violente mais tellement pleine d’une ardeur qu’il n’avait jamais connue. Il sentait couler dans ses veines l’adrénaline lorsqu’il s’approcha d’Amy pour la rassurer.

Ses frissons n’avaient pas cessé. Elle essayait de faire bonne figure, mais il se rendait bien compte qu’elle suivait le moindre de ses mouvements. Son corps réagissait, seulement elle était si pétrifiée qu’il n’était pas certain qu’elle saisisse l’ampleur de la situation dans laquelle ils se trouvaient. Lui croyait la saisir. Il se trompait.

Amy lui adressait le premier sourire franc depuis qu’ils s’étaient revus. C’était si agréable de la voir heureuse. Enfin, ce n’était pas le terme approprié mais à défaut Nate se dit qu’il était plus sublime que n’importe quelle autre vérité.

Soudain, un hurlement retentit dans les vagues étendues. Impossible de savoir s’il venait de l’ouest, de l’est, du nord ou du sud… Ce cri n’avait rien d’humain.

Les bras de Nathanaël qui avait enlacé délicatement Amy se raidirent. Cette barrière protectrice qu’il tentait de construire autour d’elle venait de s’effondrer car il avait enfin compris la triste conclusion.

L’heure de la finale était venue.

Aucun autre tribut.

Juste eux.

Deux.

Ici. Maintenant.

Et tout était trop long.


Les Juges devaient avoir lâché des mutations pour les forcer à aller au bout. Ils n’étaient plus liés. À cause de lui, ils ne pourraient pas s’en sortir vainqueurs ensemble.

Amy n’avait pas bougé, elle était dans un état semi-hypnotique où son esprit flirtait avec ses limites. Les images, les mots, les émotions… Elle voyait encore le corps de cette fille errer sur les eaux noirs de l’Oasis ; elle entendait encore son camarade de District lui cracher au visage sa responsabilité dans la mort de leur Mentor ; et maintenant, maintenant, elle réalisait lentement qu’on avait tenté de la tuer, de lui ôter la vie. Elle se sentait perdue, balançant sur une corde raide, prête à chuter d’un côté ou de l’autre. Seul le contact de Nate la tenait éveillée, relativement consciente de ce qu’il se produisait autour d’elle. Elle était si vulnérable, si aisément mortelle…

La hache posée contre sa jambe, Nathanaël aurait pu fendre l’air en un rien de temps et à jamais l’éclat vif dans les yeux de l’apprentie pharmacienne aurait disparu pour toujours. Effacée des histoires de son District comme si elle n’avait jamais existé, une victime malheureuse de plus dans ces Jeux aux règles impitoyables. Cela aurait pu se passer ainsi, il suffisait d’un geste, d’un mouvement bref et sûr. Le carrière connaissait son aisance, elle n’aurait pas la lucidité de sentir le coup venir ni d’attraper le couteau à sa ceinture et encore moins l’arc qu’elle avait déposé plus loin. Encore plus rassurant, elle ne souffrirait pas : il pouvait mettre fin à tout cela pendant un seul de ses battements de cil. Ce serait si simple… Ce serait tellement humain.

Nathanaël serra le manche de la hache dans sa main tandis qu’elle restait face à lui, l’effleurant à peine de son corps frêle. Ses courbes féminines malgré les blessures lui donnaient le sentiment de devoir la protéger de ce monde, qu’elle était bien trop écorchée vive pour pouvoir supporter la dureté de la loi finale, celle qui fauchait irrémédiablement une vie pour en glorifier une autre. Toutefois, en croisant son regard, il comprit à quel point il avait tort : elle était bien plus forte qu’il l’avait cru… Elle était toujours là devant lui alors qu’il l’avait abandonnée. Elle s’est défendue seule dans l’arène. Elle avait gagné sa place à ses côtés pour cette finale. Peut-être même la méritait-elle plus que lui.

La justice et la survie étaient pourtant deux concepts totalement différents, aussi éloignés que le Capitole l’était de la réalité des Districts. Sa main resserra sa prise sur le manche. Une inspiration et soudain une bouffée de cette émotion le fit hésiter. La culpabilité.

Dans cette brume invisible qui les entourait, Nathanaël comprit soudain les changements tantôt brutaux tantôt subtils dans le regard des vainqueurs. Leurs yeux nappés d’un voile qui jamais ne se déchirait pour laisser entrevoir à nouveau l’étincelle de vie qu’ils avaient dans leurs pupilles avant leur entrée dans les Jeux. Même les mentors des Districts de carrières ne faisaient pas mentir cette règle. La couleur noisette si terne des prunelles de Sélène, celle si noire de Kyle… Chacun d’eux avait été profondément heurté dans l’arène : certains y avaient perdu leur humanité, d’autres gagnés une culpabilité insupportable.

Et jamais elle ne cesserait de les hanter.

Jamais.

Son cœur s’accéléra, un rythme effréné qui lui donna le tournis tandis que les bruits dans les zones entourant la Corne d’Abondance approchaient. Leur écho de plus en plus audible résonnait dans la pyramide aux murs couverts d’une suie d’un noir si profond qu’elle se confondait presque avec la nuit alentours. Tout était si calme et si effrayant à la fois.

Dans tout Panem, les téléspectateurs contemplaient la tribut du District Cinq dont les bras commençaient à être agités de tremblements : seul signe visible d’une terreur qui se gravait dans ses traits fins. Dans ceux de Nathanaël, on percevait cette hésitation horrible, pire une émotion abrupte qui le rongeait et qui lui fit bientôt relâcher son étreinte sur le manche de son arme qui retrouva instantanément son appui sur sa jambe.

Personne n’aurait pu deviner les réflexions violentes qui agitaient l’esprit de Nathanaël. Son honneur, la gloire de son District… Tout ce en quoi il croyait était balayé par cette culpabilité qui le mordait au cœur. Il entendait déjà le son du canon, marteau qui signerait sa condamnation à perpétuité à ressentir ce désespoir immense auquel se mêlait la lâcheté de cet acte qu’il s’apprêtait à réaliser. Déjà lui revenait en mémoire les heures durant lesquelles il avait cru avoir simplement été responsable de sa mort, il s’en était voulu et la douleur qui avait martelé ses entrailles avait frôlé l’insupportable. Qu’en serait-il s’il venait à la tuer de ses propres mains ? Si son sang couvrait ses paumes et éclaboussait ses lèvres ?

Refus. Il ne pouvait pas la tuer. Il était incapable d’assumer ce dernier meurtre, trop lâche pour admettre qu’il ne pourrait supporter le poids qui pèserait éternellement sur sa conscience si elle devenait sa dernière victime.

Alors que lui restait-il ? Le suicide ? Il pouvait saisir le poignard d’Amy et se le planter lui-même dans le cœur mais c’était tout aussi inacceptable. Malgré toute la souffrance qu’il craignait tant de subir, le carrière se refusait à abandonner son honneur et à cracher sur la gloire de son District en se montrant aussi faible devant tout Panem. Les idées se succédaient dans son esprit, toutes moins tolérables les unes que les autres. Plus aucune pensée rationnelle n’habitait Nathanaël, la terreur l’avait gagné à son tour et son seul objectif était d’éviter une souffrance qu’il n’avait jamais soupçonnée avant d’y goûter… Cependant, il ne pouvait se résoudre à choisir entre la saveur amère du déshonneur et celle au parfum acide de la culpabilité…

Des ombres semblaient sortir des marécages à présent, se faufilaient dans le sable et couvraient la pyramide à l’horizon. Tout allait tellement vite et Amy s’était doucement rapprochée de Nate, touchant désormais son torse. Alors il se souvint à quel point elle était forte, à tout ce qu’elle avait déjà dû affronter dans sa vie. C’est à cet instant qu’il sut ce qu’il devait faire pour que son honneur jamais ne se brise et que la culpabilité ne ronge plus jamais son être.

Il passa ses bras autour d’elle, l’attira contre lui avec fermeté. Elle était si frigorifiée que des frissons rythmiques parcoururent leurs échines trempées de sueur.

- Oh Amy… susurra-t-il à son oreille, avant de plonger ses lèvres plus profondément dans ses cheveux : je suis désolé…

Et il débuta son macabre artifice… Sa bouche s’attarda dans le cou de la tribut du District Cinq, ses mains glissèrent sur ses courbes sensuelles. Puis elles se firent plus pressantes, plus demandeuses, enflammées d’une passion qui coupa le souffle d’Amy dont les larmes roulaient sur ses joues.

Que se passait-il ? Les cris horribles dans le lointain installaient dans le cœur de la jeune femme une horreur entravante. Et voilà que les caresses apaisantes se transformaient en un contact gênant, oppressant… malsain… Pourtant, son corps semblait revivre. Elle se tordait sans son étreinte, l’interrogeait du regard… Que faisait-il ? Comment pouvait-il lui faire cela alors qu’il savait ce qu’elle avait déjà enduré ?


Bientôt, voyant que tout n’allait pas assez vite vu les mutations dont les grouillements répugnants atteignaient le bas de la Corne, Nathanaël lâcha lui aussi une larme tout en passant ses mains sous ses vêtements. La surprise d’Amy se transforma en suppliques à briser le cœur. Un dernier acte : Nathanaël plaqua ses lèvres contre celles de cette fille qu’il connaissait si peu mais qu’il pensait aimer d’une certaine façon, même si ce n’était pas la raison pour laquelle elle aurait la vie sauve…  

Ce baiser déplacé coupa le souffle d’Amy. La panique la fit se débattre, il la serra d’autant plus.

Ses ongles, qui jusque là ne griffaient que le haut terreux de Nathanaël, commencèrent à s’enfoncer dans les poignets de celui-ci. Cette panique, qu’elle avait oubliée des années durant, lui revint à la mémoire : des jours entiers passés prostrée au fond de son lit, protégée par ses seuls draps, réchauffée par l’unique trait de lumière qui perçait la fenêtre. Ce soleil. Son sauveur, enfermé en son sein par un oasis.

La rue. On. Laissée pour morte au milieu des caniveaux. L’oasis. Chloé. Une survie, une libération, qu’elle s’était donnée, qu’elle s’était offerte. Elle. Seule. Par sa propre force.

Le poignard transperça la poitrine de Nate.

Amy venait de planter la lame d’une brillance éclatante dans le torse de Nathanaël qui eut un hoquet. Presque tendrement, elle le sentit relâcher son étreinte, détacher sa bouche de la sienne tandis que déjà une coulée de sang teintait la lèvre inférieure d’Amy avant qu’il ne recule d’un pas. Dans ses yeux, elle lut du soulagement et une expression qu’elle ne comprit pas tout de suite : de la reconnaissance.

Ainsi finit l’arène pour le carrière du District Un, quand il s’effondra aux pieds de la grande vainqueur qui resta interdite devant son cadavre immobile. Les visages figés, l’un dans la mort, l’autre dans la survie, et les deux dans un silence intérieur implacable.

Plus aucun son, plus aucune ombre. L’arène avait retrouvé sa paix étrange. Une paix artificielle. Une paix dont Amy venait d’être privée pour toujours.


La voix stridente de Selena s’éleva bientôt. Haute perchée et joyeuse, elle annonça avec fierté :

- Je déclare Amy Wetthrone, tribut du District Cinq, vainqueur de l’Expiation des 175ème Hunger Games !



Spoiler:
 

[/td]
[/tr]
[/table]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Final de l'arène de l'EXPIATION

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Hunger Games RPG ::  :: La corne d'abondance-
Sauter vers:  
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit | Forums RPG | Films, séries télé