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 A l'arrivée du Cobra

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MessageSujet: A l'arrivée du Cobra    Ven 5 Jan - 16:45

L'attente. Interminable.

Chaque seconde en parait dix. Chaque minute en dure trente. J'attends, je ne fais pas rien pourtant le temps ne passe pas. Mes mains dans le camboui n'occupent pas mon esprit préoccupé. Mes yeux rivés sur l'écran pourtant éteint ne veulent plus regarder ce moteur. L'attente était déjà lourde. Elle est devenue un fardeau. Je dévisse une trappe tout en me faisant mille et un film sur ce qui a pu se passer. Les questions défilent. La peur aussi. Pourquoi est-ce que j'ai dévissé ça ? Je râle. Ma mauvaise humeur et mon manque de concentration se font sentir. Tu n'es pas comme ça d'habitude... Même dans ce garage je dois être celui que j'ai forgé. Je regarde la voiture droit dans ses yeux, droit dans ses phares. S'il n'y avait que toi et moi...

Cinq minutes. Voilà ce qu'il s'est passé entre maintenant et la dernière fois que j'ai regardé la montre. Cinq pauvres minutes. J'en ai rêvé quinze. Je m'atèle aux choses simples et même celles-ci me semblent compliquées. Je ne voudrais pas me blesser, ce n'est pas le moment. Dans ma tête je vois des centaines de scénarios, tous plus horribles les uns que les autres. J'ai des idées de mort et de capture. Le suspens est insoutenable. Je repense même à des paroles que j'ai pensé sans oser les dire et le regret s'impose à mon coeur, amenant avec lui la culpabilité. Ce pressentiment ne m'a jamais quitté, comme un air de déjà-vu. Et pourtant, je n'ai rien fait, ou à peine. Alors me voilà à espérer que le mauvais sort ne les touchera pas eux. Plutôt d'autres qu'eux, ma famille. Et j'ai honte. Puis je me souviens que je n'ai de toute façon aucun pouvoir, que je ne peux plus rien faire qu'attendre. Attendre que la vie s'écoule.

Enfin, la fin de la journée de travail. La fin d'une chose, le début d'une autre. Même si je vais payer mon manque d'efficacité pendant plusieurs jours, et ce sans même y gagner quoi que ce soit. Mais que pouvais-je faire ? Comment rester concentré lorsque son frère et sa soeur risquent leur vie ? La colère est si grand, et pourtant parfaitement maitrisée. Je n'ai pas décoché un mot, personne ne comprendrait. Je crains même les soupçons. J'aurais voulu casser une vitre, taper dans une roue, faire voler des outils. Je me suis retenu. Et je me retiens encore sur la route jusqu'à la maison pour y retrouver mon père. Je n'ai rien dit. Je me suis retenu en allant avec lui jusqu'à la gare et je n'ai toujours rien dit. D'interminables secondes, de longues minutes, des heures même de pondération et de silence accablant. Cela ne te ressemble pas Will. Mais il ne m'a rien dit et il ne valait mieux pas qu'il relève quoi que ce soit.

Mon visage fermé s'est posé sur les autres rebelles sans un mot. Ils m'ont salué, moi non. Mes yeux se sont rapidement perdus dans le tunnel d'où le cobra devait émerger d'un instant à l'autre. Et là plus encore qu'avant le temps me parut long. Beaucoup trop long. Tout le monde attendait dans le plus grand silence, ce silence qui en dit trop à lui seul. Encore des minutes et des secondes et puis... Le long serpent de métal éclaire le tunnel, les plaquettes de métal crissent et la porte s'ouvre enfin sur un petit groupe de rebelles pas aussi nombreux à l'arrivée qu'au départ. Un pincement s'ensuit d'un long soupire de soulagement : Ivy et Cassio sont là, devant moi, c'est tout ce qui compte à mes yeux. Je me détends l'espace d'un court instant. Je vois le sang et la sueur, quelques sales blessures, je constate surtout qu'ils vont bien. Le sourire narquois de Nicodeme me rappelle à la réalité et aux absents. Plus encore la réaction de mon frère, retenue par Ivy juste à temps. Je sens sa rage, je vois l'expression de sa colère. Et la mienne resurgit en même temps. Il faudrait être aveugle pour ne pas comprendre. Je n'ai pas envie de nommer un coupable, je n'ai même pas idée de ce qu'il s'est passé, je ne juge pas. Ce que je sais simplement c'est que je serais toujours du côté de Cassio.

Mon père les prend à part pendant que les rebelles du district 13 écoutent Nicodeme. Nous sommes quelques uns à rester au milieu, écartés des échanges. Alors ? Alors j'attends, encore. Je sais que je suis d'une nature patiente, je sais qu'on attend de moi que je ne fasses pas de vague, que je reste calme et que j'attende sans rien dire, comme si mon temps n'avait aucune valeur. Mais pour une fois j'ai envie d'exploser, comme si ma vie se résumait soudainement à ce verbe : attendre. Et que je n'en pouvais plus. Je ne sais que ce n'est pas vrai, sauf à cet instant. Je contiens mes pulsions, mon agacement, mon envie de savoir, une certaine rage. J'ai la chance d'en être capable.

Discussions terminées, chacun repart et l'attente pour moi se prolonge. Je ne sais pas ce qu'il s'est dit, ni ce qui a été conclu. Curieux sentiment d'exclusion. Aucun de nous ne pipe mot. Je n'ose pas demander, Cassio sert les dents, Ivy fait la moue et notre père est indéchiffrable. Nous rentrons chez nous en silence, mangeons dans la même ambiance. Sauf ma petite soeur, elle est partie dans sa chambre prétextant ne pas avoir faim. Je devine qu'elle veut surtout éviter la moindre confrontation. Et je me contiens toujours. Bon sang est-ce quelqu'un va me dire ce qu'il s'est passé ? A un moment, je m'en veux presque à moi-même de ne pas craquer. Et puis je devine pourquoi ma patience est si exemplaire. Si j'explose, ils explosent. Je crois bien être devenu leur nouveau pilier depuis la mort de maman, sans pouvoir jamais être à hauteur. Je ne tiens pas les murs, je sauve les meubles.

Je fais la vaisselle, j'avais bien envie de frotter quelques plats pour me détendre. Et plus la nourriture accroche et plus je suis ravi. Un silence apaisant, aucune bouche muette dans mon dos. Mon père s'est sans doute retiré dans sa chambre. Et Cassio vient tout juste de passer devant la fenêtre. Je sais où il va. Juste le temps de finir la vaisselle, et de lui laisser un peu de temps seul et je sors à mon tour. Au fond de notre petit jardin, derrière la maison se trouve notre cabane telle un petit atelier de bricolage. La lumière filtre à travers les jours des planches de bois et sous la porte, me prouvant que j'avais raison. Des bruits d'objets volants me rappellent mon après-midi. Je frappe doucement à la porte.

« Cass ? Je peux entrer ? A moins que tu ne veuilles être un peu tranquille peut-être. »

J'avoue que je n'ai pas envie d'entendre un refus et que j'aimerais enfin connaitre toute l'histoire. Alors je pousse un peu la porte, en espérant ne pas recevoir un quelconque projectile. Je me sens bien plus calme, peut-être l'effet de la vaisselle, peut-être l'attente qui prend fin. Enfin.
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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Sam 6 Jan - 2:57

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A l'arrivée du Cobra

Will & Cassio




Comment. Comment toute cette merde avait pu se produire ? Comment avaient-ils pu mourir ? J'avais beau tout faire pour ne pas fermer les yeux depuis que j'avais quitté le District Un, tout sauf prendre un instant pour me poser et penser parce que je savais que je n'y survivrai pas, je craquerai lamentablement et je n'en avais pas le droit. Je refusais obstinément de lâcher les armes maintenant, pas alors qu'on était bien au chaud chez nous pendant que mes collègues, mes amis, devaient maintenant être raides et froids dans une fosse commune. L'image se grava devant mes yeux qui fixaient le mur. Mon cerveau n'en avait rien à battre de ce que je voulais. Il s'acharnait à me diffuser inlassablement les scènes de ce putain de massacre, ce carnage qui m'avait coûté trois amis et qui avait bien failli m'arracher ma sœur...

Assis à cette fichue table, autour de ce dîner que je n'arrivais pas à avaler, je notai chaque aspérité du mur en face de moi. Elles formaient des reliefs inesthétiques, des creux dans lesquels les ombres s'engouffraient. J'avais déjà fait ça pendant tout le trajet du Cobra, regarder les parois souterraines défiler inlassablement, relever chaque lumière blafarde le long des voies. Ça n'évitait pas aux images d'apparaître, ni de me repasser en boucle les évènements de la journée, mais ça m'avait au moins empêché de démolir ce salopard. De lui arracher ce foutu sourire en coin et de le lui faire bouffer.

Ma mâchoire se crispa. Personne ne parlait. Personne n'avait parlé depuis que les responsables rebelles avaient embarqué Nico et qu'ils avaient conclu avec mon père que les identités d'Ivy et moi-même n'avaient pas été corrompues lors de la mission. On avait regagné la maison, sans un mot. Même Will l'avait fermé. Tout aurait presque pu paraître "normal" et c'était bien ça qui me foutait hors de moi. Rien de tout cela n'était normal. Siti... Elle aussi aurait dû être chez elle ce soir. Kenny... Son rire aurait dû résonner dans la salle des communications du QG. Fran... Non, il fallait que j'arrête ça avant de devenir barge, avant d'exploser.

Un bruit sec, métallique. Je sursautai par réflexe. Will avait laissé tomber un couvert dans l'évier mais ce n'était pas lui que je voyais. C'était une place, une place lointaine autour de laquelle s'entassaient un peuple soumis. C'était trois silhouettes que je revoyais. C'était Ivy que j'entendais crier à m'en vriller les tympans. Puis le silence. Je ne pouvais pas rester assis là, c'était au-dessus de mes forces. J'en avais marre de faire semblant. Ivy avait eu moins de self-contrôle que moi, elle s'était tirée dans notre chambre avant ce simulacre de repas. Je l'imaginais en train de tout faire pour ignorer père et Will, et sans doute moi assurément... Elle n'admettrait jamais ce qu'il s'était passé et que j'avais eu raison de l'empêcher d'y retourner.

Quittant la table, je me dirigeai directement vers la porte d'entrée et sortis. L'air frais de la fin de soirée me sauta au visage et un frisson me parcourut l'échine. L'atmosphère était calme, on entendait au loin un chien aboyer. Une respiration suffit à faire entrer une grande bouffée de cet air si doux dans mes poumons, d'instinct en fermant les yeux, enfin. Mon flanc me faisait toujours souffrir mais si j'avais mal, ça signifiait que j'étais en vie. Je n'avais pas le droit de me plaindre. Non, vraiment pas.

Des larmes voulurent couler, d'un revers de manche elles disparurent. Il était trop tôt pour ça, les pleurer c'était admettre tout un tas de chose et ce n'était pas envisageable, pas déjà. Alors je trainais ma silhouette encore crasseuse jusqu'à la cabane, celle dans laquelle entre frangins on pouvait passer des heures à bricoler de vieilles mécaniques. Seulement ce soir, je ne voulais pas créer. Ce soir, j'avais besoin de détruire. Le cadenas qui la fermait était bouclé à cause des nombreux vols dans le district et comme d'habitude, j'avais zappé la clef à l'intérieur. Ce n'était rien, un fil de ferraille et on en parlait plus. Alors je tirai de ma poche mon passe-partout et je le crochetai, père détestait quand je faisais ça chez nous mais je m'en moquais. Les ombres dansaient sur mes mains qui s'affairaient autour de la serrure : un coup à droite, un demi-coup vers la gauche puis en dedans... Le cliquetis retentit et quand j'ouvris la porte j'eus l'impression de la revoir. Cette fille m'était tombée dans les bras juste avant que le bazar n°2 ne débute, avant que l'autre abruti recommence à foutre son bordel. La porte ne claqua pas, mon père ne devait pas savoir.

Un pas, puis un autre... La colère était insoutenable maintenant. Debout au centre de notre cabane, devant le dernier engin qu'on avait déniché et qu'on tentait de retaper, j'avais l'impression de n'être qu'une braise, non pire une grenade. De celles qui sont dégoupillées et qu'on doit absolument jeter au loin avant qu'elles n'explosent. Peu importait la fraîcheur de la nuit désormais, mon souffle était à nouveau court, la sueur sur mon front luisait sous les fines lueurs lunaires qui se projetaient entre le jeu qu'affichait les planches de la baraque de bois. J'étais en nage. Alors je virai mon sweat, celui que personne n'avait eu le courage de me demander d'enlever une fois rentré. Il était pourtant couvert de poussière, de transpiration et même de sang. Oh, pas de giclées non. Mais les éclaboussures étaient là. Pourtant personne ne m'avait rien dit et j'hésitais entre leur en être reconnaissant et les détester pour ça.

Me sentant faillir, j'agrippai le bord de notre plan de travail. Mes muscles étaient si contractés que mon tee-shirt se plaquait contre mon torse, je pouvais voir les veines se gonfler sous ma peau. Le sang. La vie.

Tout valsa en un instant. Mes mains balayèrent tout ce qui se trouvait là. Outils, boulons et tissus huileux, tout vira pour faire table rase. Cependant cela ne chassa pas les images de leurs visages si confiants. Cela ne me soulagea pas. Pas assez. J'agrippais une clé à molette qui avait résisté à la première vague, elle s'écrasa dans un crissement terrible contre la tôle d'une machine rangée sous un vieux drap sale. Les larmes ne coulaient pas car j'étais coupable. Il devait y avoir eu des signes, des putains de signes qui montraient que ça allait déraper et je n'avais rien vu ! J'étais tellement en colère, mais plus contre Nico. Juste contre moi-même et mon incompétence à garder les gens que j'aimais en vie.

Comme mère.

Cette pensée me fit l'effet d'une déchirure, comme si mon cœur soudain coupé en deux ratait un battement. Il fallait qu'elle se taise cette foutue douleur, il fallait qu'elle la ferme rien qu'un instant. Alors j'avais collé mon poing dans la poutre centrale de la cabane, son bois tendre s'était légèrement affaissé sous le choc et l'élancement dans mon avant-bras m'avait sorti de cette folie. Ma lèvre inférieure coincée entre mes incisives, je m'affalai sur le rebord de l'engin en cours de remise en état. Impossible de savoir si je me sentais mieux ou encore plus mal. Les écorchures et le sang qui s'échappait de mes phalanges suffisaient à détourner mon attention de tout le reste et, même si je connaissais tout de la nature fugace de ce répit, je le savourais comme un assoiffé aurait goulument avalé le verre d'eau qu'on lui aurait tendu.

- Imbécile... me murmurai-je à moi-même en apercevant mon reflet dans le métal de la machine.

Je haletais encore quand la voix de Will me parvînt. Si mon explosion m'avait permis de reprendre mes esprits, de déconnecter un instant, elle ne m'avait pas rendu plus loquace que d'habitude. Sans doute pour cette raison que la porte s'entrouvrit bientôt sur sa silhouette. Ses cheveux longs lui donnaient constamment cet air mal rasé que père voyait d'un mauvais œil sans jamais le dire, aucun changement. Enfin, aucun si ce n'est ce regard inquiet qu'il portait sur moi. Maintenant que je l'apercevais, la force de lui répondre était encore plus faible. Je baissai le regard en lui faisant un signe de la main pour lui indiquer qu'il pouvait rester, il avait l'habitude avec moi.

Et il ne dit rien de plus. Il entra dans la cabane et s'installa sans piper mot. Une minute passa ainsi. Moi vaguement assis sur notre dernier projet, lui accoudé à l'établi comme s'il n'avait pas vu la quantité d'outils qui jonchaient le sol. Quel idiot je faisais. Après cette minute, mes lèvres s'entrouvrirent. D'abord aucun son n'en sortit, ma langue passa dessus comme pour me préparer à me confier. C'était pas mon truc les confidences et tout ce genre de conneries. Cependant, Will avait besoin de savoir. Il ne disait rien parce qu'il savait comment je fonctionnais, comme je savais comment lui fonctionnait. On était si différents, mais on se comprenait.

C'était mon frère.

- Tu veux savoir... N'est-ce pas ? lui dis-je en sentant la boule dans ma gorge se serrer davantage.

Dans un ultime effort, j'affrontai son regard si clair. Bien sûr qu'il voulait savoir, mais j'avais besoin qu'il commence. Qu'il m'aiguille, qu'il me guide. Qu'ils soient mes phares dans cette journée sombre que je venais de traverser et qu'aucun mot n'aurait su décrire.


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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Mer 10 Jan - 10:29

La cabane avait tremblé un peu plus tôt mais ce n'était pas la seule façon qu'il avait eu de passer ses nerfs. Cassio avait mis un petit bordel que je ne pris pas le temps de détailler. D'une part je m'en fichais, je savais qu'il rangerait, d'autre part je l'enviais un peu de l'avoir fait, lui. Même s'il avait sans doute de meilleures raisons que moi, au fond, je voyais qu'on avait tous les deux besoins de se détendre et l'idée me vint de le rejoindre dans cette activité peu productive.

Accoudé au plan de travail, je regarde alternativement mes pieds et mon frère derrière mes boucles sales et sauvages qui forment une frange salvatrice lorsque je penche un peu la tête. Je ne sais pas trop par où commencer. Le silence n'est pas gênant pour autant, on se connait trop bien pour être se gêner l'un l'autre. Je me doute juste que c'est dur pour lui alors je veux peser mes mots et les choisir avec une attention toute particulière. En soi, s'il avait besoin d'attendre une heure de plus en silence tout en continuant à lancer des objets avant d'être capable d'en parler, j'aurais totalement respecté ça. Finalement c'est lui qui se lance, plutôt à la façon d'un appel. J'ai l'impression d'avoir un poids de moins sur les épaules maintenant que la discussion est engagée.

Je passe une main dans mes cheveux pour les remettre en arrière et regarder mon frère avec un sourire à la fois tendre et désolée.

« Comme tu dois t'en douter... Papa ne m'a rien dit. Alors oui bien sûr j'aimerais savoir, mais si tu as besoin d'un peu de temps... »

Un échange de regard m'indique qu'il est prêt à parler, prêt n'est peut-être pas le bon mot mais sans doute qu'il ne veut pas me laisser dans l'ignorance. La discussion risque d'être longue alors je tire un vieux tabouret fabriqué maison vers moi et m'assieds derrière le plan de travail, posant un coude dessus.

« C'est pas juste par simple curiosité. J'aimerais bien comprendre car je suppose que je pourrais vivre sans savoir... Mais je serais incapable de vous aider. Toi et Ivy. J'ai vu sur l'écran du garage... »

Je me masse la nuque. Penser à cette journée fait ressortir la douleur du mécanicien qui a passé son temps à se tordre pour pouvoir voir autre chose que ses moteurs sans avoir l'air oisif. Sans parler de la douleur déjà naturelle du métier. La première question qui me vient est sans doute la plus difficile à admettre, pourtant j'ai besoin de savoir.

« Ceux qui ne sont pas revenus avec vous, est-ce qu'ils ont été... capturés ? Est-ce qu'ils sont... morts ? »

Le temps d'hésitation fut long, mais je devais prononcer le mot moi-même. Je sais que je plongeais directement dans le vif du sujet et sans doute dans le plus dur pour lui. C'était justement pour ça que je devais le dire moi. Je me demandais quel était le pire : la capture ou la mort. Je pense que je préférais mourir si je devais choisir, j'aurais trop peur de ne pas être assez courageux pour protéger ma famille jusqu'au bout. Bien sûr, si on peut choisir de vivre... Et puis je mets les pieds dans le plat à nouveau, les questions se bousculent tellement je n'arrive pas à saisir ce qui a merdé dans cette mission.

« Pourquoi vous avez tiré sur l'autre Maire, il y a eu un changement de plan en cours de route ? »

Je tapote le plan de travail du bout des doigts, à défaut de pouvoir me montrer plus démonstratif. Merde quoi, c'est moi qui aurait du faire partir de cette mission, pas Ivy.
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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Lun 15 Jan - 2:14

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Aussi loin que je me souvienne, mon frère avait toujours eu cette facilité, cette aisance à trouver les mots. Il avait toujours eu plus d'amis que moi et les filles n'en parlons pas ! Mais je ne le jalousais pas pour autant, j'étais admiratif de cette façon qu'il avait de s'adapter aux autres et de les mettre à l'aise. C'est sans doute pour cela que, malgré la pénibilité de la conversation qui allait suivre, je faillis lui rendre son sourire lorsqu'il embraya.

D'un simple regard, il comprit que le temps n'arrangerait rien. Ni le silence ni l'obscurité de la nuit qui avançait lentement en rafraichissant l'air ne ferait disparaître le foutoir qu'on avait mis, ni n'effacerait l'image de leur silhouette au loin avant qu'elles ne soient balayées par le son sec des coups de feu que nous avions entendu résonner jusque sur les collines, au-delà de la clôture du District Un.

Les pieds du tabouret grincèrent légèrement sur le sol quand Will l'attira vers lui pour s'y jucher, moi je m'appuyai encore plus fermement contre la rebord de la machine dans mon dos. J'avais besoin de sentir la fraîcheur de la plaque de métal, cette sensation de froid presque désagréable m'obligeait à rester là, ici et maintenant, sans me laisser happer par les souvenirs et la multitude de sentiments dévastateurs qu'ils nourrissaient.

Il avait vu notre dérapage, sur l'écran au boulot. Il tournait toujours dès qu'un évènement particulier était annoncé dans tout Panem. C'était même pour cette raison que notre mission avait été fixée sur ce créneau : nous avions toutes les chances de faire un coup d'éclat en direct, de montrer aux autres districts que la Rébellion existait et que nous étions prêts à faire tomber les têtes des dirigeants à la solde du gouvernement pour reprendre la liberté des districts. Au lieu de cela, qu'avait-on vu ? Sans doute rien de moins que ce qu'on attendait pour des habitants, mais pour les rebelles ça avait dû être le fiasco de l'année...

Will marqua une pause, il n'avait pas plus envie que moi de causer de tout cela. Je ne savais pas exactement ce que les images avaient montré mais j'imaginais facilement à quel point sa journée avait été longue après ça... L'attente d'une journée dans le même genre me revînt en mémoire, je la balayai aussi vite que possible de mon esprit. Et  je ne répondis rien. Pour le moment, il avait besoin de se justifier : c'était sa façon à lui de poser les choses, les dires à voix haute tandis que moi je préférais simplement les penser. Cependant, quand il déballa sa question en retenant le dernier mot avec appréhension, la boule dans ma gorge sembla enfler soudainement. Je me mordis l'intérieur de ma lèvre en sentant ses putains de larmes que je refusais de laisser couler me monter aux yeux. Alors, je détournai la tête, regardant dans le vide en passant ma langue sur mes lèvres pour les humecter comme si ça avait pu permettre à la vérité d'être moins moche à avouer.

- Les deux... Mais à l'heure actuelle, ils sont tous morts.

Étrangement, ça avait été plus facile à dire que je ne l'avais pensé. Peut-être parce que c'était une simple constatation. Il fallait que je me contente des faits pour tenir le choc, pour ne pas continuer à briser des trucs autour de moi. Mon poing s'était à nouveau serré dans un réflexe : si je n'avais pas eu les ongles rongés jusqu'à la peau, ils se seraient enfoncés dans ma paume jusqu'au sang en entendant la seconde interrogation de mon frangin.

- "On" a pas tiré sur l'autre maire. C'est Nico qui l'a fait, commençai-je en sentant ma mâchoire se crisper. Il a décidé de faire cavalier seul, il a dû trouver ça tellement plus valorisant de faire ça lui-même ! Je sais pas ce qui a pu lui passer dans sa tête de cinglé !

Qu'est-ce que je pouvais regretter de ne pas avoir offert une autre balafre à Nico ! Aussi calme que j'avais pu paraître jusqu'à présent, j'abaissai violemment mon poing qui vînt heurter dans un bruit sourd de tôle froissée le métal de l'engin sur lequel j'étais toujours appuyé.

- Et j'ai rien vu... J'ai rien vu venir avant que j'entende le coup de feu dans mon dos et que le maire du Cinq dévale les marches ! Le temps que je tire, c'était la pacificatrice qui prenait et pas la cible !

Je parlais vite à présent, ma voix tremblait d'énervement et de douleur. Une espèce de cri interne résonnait dans tous mes os, se propageait jusque dans mes muscles, tétanisant les traits de mon visage qui n'avait jamais semblé si grave.  

- Après, ça a été un carnage. Nico s'est barré avec Ivy à ses trousses avant que j'ai pu la retenir et les pacificateurs ont répliqué. Ça pleuvait des balles de partout. Franklin est resté sur les pavés là-bas. On ne voyait même plus son visage...

La mare de sang et les éclats partout sur les caisses à charger opacifiaient ma vue, mon ventre se tordait dans une tentative de dégobiller. Dire que Père connaissait Franklin depuis si longtemps et qu'il était mort comme ça, comme un chien bouffant la poussière et baignant dans son sang. Méconnaissable.

- On a failli pas rentrer Will, murmurai-je alors que ma voix lâchait. J'ai fait de mon mieux pour les protéger tous mais j'aurais jamais dû les laisser avec Jonathan pour aller chercher Ivy... mais je pensais qu'à elle, elle aurait pas dû être là...

Je repensais à la façon dont elle s'était barrée dans notre chambre à peine rentrée. Elle avait encaissé bien plus qu'elle ne le voudrait l'admettre, beaucoup plus... Après ce qu'il s'était passé, cela allait être le rôle de Will de veiller sur elle et de la surveiller dans les jours à venir parce qu'elle ne me laisserait pas l'approcher, pas après ce que j'avais fait.


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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Mar 30 Jan - 13:39

J'écoutais Cassio me faire son récit de la journée. Finalement tout s'était débloqué et il me racontait l'ensemble des péripéties au fur et à mesure. J'avais du mal à rester en place face à l'irréalisme de la situation, alors je trépignais sur mon siège, me levais et me rasseyais, parfois je faisais quelques pas et un tour sur moi-même comme le maigre espace de la cabane me le permettait . Quand je ne bougeais pas, je passais une main dans mes cheveux et les secouais, ou bien je me frottais le menton. Je ne pouvais pas y croire, ce petit merdeux de Nicodème était responsable de la mort de Franklin et le tir sur le maire du cinq était volontaire. De sa volonté à lui. Je serrais les points, puis je pensais à Siti et aux autres que je ne connaissais pas mais que j'avais vu partir pour ne jamais revenir. Siti, bon sang, elle aurait tellement pu avoir un plus bel avenir. Mon cœur s'emballa en repensant à son doux visage qui ne pouvait laisser personne insensible. Et Franklin, un homme si précieux, un modèle à suivre, il avait tellement de savoir. Quelle perte pour la rébellion diraient certains, mais je pensais à sa famille. Une de plus amputée d'un être cher. Ça me paraissait tellement impossible que je répétais parfois machinalement les mots que prononçaient mon frère, à mi-voix, sans l'interrompre. Parfois c'était presque une question. « Jonathan ? » Enfin je me frottais le visage de mes deux mains, réalisant que j'avais failli perdre mon frère et ma sœur aujourd'hui. En d'autres moments, j'aurais pu me précipiter sur lui et le prendre dans mes bras. Et je serais même allé voir Ivy et lui aurais offert le même sort, tellement soulagé de les avoir là et bien vivant. Ce soir néanmoins la colère était trop présente pour une accolade réconfortante, dans le cœur de mon frère d'abord qui avait vécu ce carnage et elle gagnait le miens également.

J'avais envie de trouver mon père et de lui balancer ses quatre vérités, et lui demander pourquoi il avait envoyer Cassio et Ivy plutôt que nous deux. Et comment cette mission avait pu être considéré comme simple. Que faisait un mec comme Nicodème dans nos rangs ? Je renvoyais son sourire à l'arrivée du Cobra. Ce mec avait forcément des antécédants. Je serrais les dents à mon tour.

« Bon sang Cassio... » dis-je, incrédule, finissant en un murmure inaudible.

Je ne savais même pas comment terminer cette phrase. La prochaine fois qu'on voit Nicodème, je le choppe et tu le frappes ? Cette journée a dû te paraitre interminable ? Je suis tellement heureux que vous soyez rentrés en vie ? J'espère que Nicodème aura des gros soucis au treize ? Tout sonnait faux ou inapproprié. Je marchai un peu dans la petite pièce, puis m'arrêtai devant une machine en cours d'amélioration. Je la contemplai alors quelques secondes en me mordant les lèvres, appuyé sur elle. Refaire les évènements ne servaient à rien, ils faisaient partis du passé et les personnes mortes également. C'était tellement dur à encaisser mais en laissant monter ma colère, je n'aidais pas mon frère. Du moins, c'est ce que je croyais. Je pensais à maman et à ce qu'elle aurait voulu : qu'on aille de l'avant, qu'on se sert les coudes. Elle aurait dit que ceux qui rejoignent les rebelles sont prêts à se sacrifier pour la cause, que nous devons continuer à nous battre pour que leur mort ne soit pas vaine. Maman, elle, arrivait à voir le schéma global, elle n'était pas égoïste comme moi ou d'autres, peut-être un peu idéaliste, mais ces mots là n'avaient jamais donné le moindre réconfort à mon âme. Chaque perte, même d'un inconnu était dur à avaler. Et quand vint le tour de ma mère, ses mots me parurent plus vides que jamais. Je n'arrivais pas à voir l'intérêt de donner sa vie pour une cause, jamais je ne voudrais donner la mienne. J'inspirai une grande bouffée d'air pour me calmer et puis je repris place sur le tabouret.

« Tu sais ce que Maman aurait dit. » Je n'allais pas le lui ressortir, d'autant moins que je n'y croyais pas moi-même, je n'allais donc pas lui faire cet affront. Mais maman avait raison sur un point : il fallait aller de l'avant. Le rassurer déjà. « T'as fait de ton mieux Cassio, j'ai pas besoin d'avoir été là pour en être sûr. Ivy ne t'a pas laissé le choix visiblement... Je ne comprends pas ce qui a pu lui passer par la tête. » Et aller de l'avant pour moi c'était arriver à faire notre deuil, à renouer nos liens brisés, en commençant par la petite soeur. Il fallait essayer de la comprendre sinon elle ne cesserait de se mettre en danger en défiant l'autorité. « D'ailleurs tu crois qu'on devrait aller voir Ivy ? » Là, maintenant. Elle nous enverrait chier sans doute mais peut-être avait-elle besoin de parler elle aussi. Extérioriser sa colère sur autre chose que des meubles et des coussins. « Je ne sais tellement plus comment m'y prendre avec elle. Mais si elle se met à suivre des mecs comme Nicodème... »

La fin de la phrase serait : alors j'aurais peur de la perdre, de ne plus la reconnaitre. Notre entente est déjà si complexe. L'aimer ne suffit pas, clairement pas. Elle a l'art de me faire me sentir minable. Avec elle, j'ai l'impression d'échouer à tous les points de vue et je crois bien qu'elle le sent et que ça ne l'aide pas. Comme si je lui disais à chaque regard qu'elle était mon échec. Comme si notre père ne suffisait pas à l'accabler. Mais c'est un aveu que je peine à partager avec qui que ce soit, même avec mon frère. Je ne sais plus quand pour la dernière nous avons rigolé tous les trois ensemble.

La triste vérité c'était que j'étais incapable de confronter mon père. Frontalement du moins.
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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Lun 5 Fév - 1:25

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A l'arrivée du Cobra

Will & Cassio




Une respiration après l'autre, ne pas se projeter plus loin que nécessaire, agir de proche en proche sans se presser comme lorsqu'on contrôlait le ballast avant la pose d'une voie. Cette litanie interminable se répétait dans mon esprit pour éviter que les mots ne m'échappent. Je n'étais pas bavard. Je ne l'avais jamais été. Alors pourquoi ça sortait si facilement ? Extérioriser c'était des conneries, une bonne excuse pour se lamenter sur son sort et ça, ce n'était pas moi. Les évènements durs dans notre famille, on les enterrait avec les cadavres. Comme maman.

Les pas de mon frère frappaient le sol avec autant d'énervement qu'il aurait mis à refaire le portrait de Nicodème. Point besoin de le dire à voix haute, le rythme s'était fait plus brusque quand je l'avais évoqué et je le connaissais suffisamment pour savoir que son murmure n'était pas destiné à me blâmer... Même s'il avait ce goût fichtrement amer de la défaite, de la perte. L’échec faisait partie de nos actions, j’avais compris depuis longtemps qu’on ne pouvait pas sortir victorieux de toutes les batailles mais je n’avais jamais réussi à accepter le prix à payer. Ce n’était pas mourir que je refusais : c’était que meurent ceux à qui je tenais.

Mes doigts touchèrent mes lèvres, je grignotai un ongle en évitant soigneusement de regarder mon frère qui continuait à tourner comme un animal en cage. Ce va-et-vient m’angoissait, il augmentait cette tension encore vivace qui me broyait le cœur.

Mon palpitant vola finalement en éclat quand Will évoqua notre mère et je lui en voulus. Pas à elle mais à lui, d’oser me rappeler ses paroles. La colère m’envahit irrépressiblement, nul besoin d’évoquer le dévouement. Cela sonnait faux dans sa bouche, là où ce mantra avait toujours résonné comme une loi d’une logique implacable dans la sienne. J’avais besoin de m’y accrocher comme on tente de retenir en vain le vent qui nous file entre les doigts ou quand on attrape un flocon et qu’il disparaît avant qu’on ait eu le temps de le contempler…

La blancheur de mes phalanges se faisait plus nette à chaque fois qu’il prononçait un mot à voix haute et, instinctivement, j’avais détourné les yeux pour ne plus avoir à affronter ce que je craignais de voir se dessiner dans son regard. Ses paroles me contredisaient pourtant, me criaient qu’il était de mon côté mais ça je le savais déjà. En réalité j’aurais voulu qu’il me secoue, qu’il dise que j’aurais pu faire mieux, que j’aurais dû être plus prudent, plus avisé, plus réactif ! Will n’était pas le bon interlocuteur pour une remontée de bretelles et même père n’aurait pas l’audace de s’en prendre à moi pour ce qui s’était produit au Un. Pourtant, le mal que je me faisais en ressassant toutes les images de cette journée ne suffisait pas : la nécessité de souffrir autant que ceux qui y étaient restés me dévorait de l’intérieur. Alors ouais, je pourrai jamais ressentir la même chose qu’eux quand on les avait conduits sur la place publique et maman avait raison quand elle disait qu’ils étaient prêts à mourir pour la cause. Mais moi j’avais ce besoin qu’on me fiche ma culpabilité en pleine poire pour avoir l’impression de payer ma dette. Même si ce n’était qu’une illusion malhonnête.

- N’y vas surtout pas.

J’avais répondu du tact au tact. Comme piqué par une guêpe en plein été, je venais de river mes pupilles claires dans celles de Will pour le sommer d’abandonner son idée vouée à devenir un carnage s’il osait la mettre à exécution. Il termina sur un triste constat qui fit réapparaître dans mon esprit une scène que j’avais jusqu’à maintenant occultée, reléguée au second plan après la mort des autres… Cependant, il avait existé ce moment fugace où j’étais entré dans cette bijouterie et où j’avais vu ma sœur tabasser un mec au sol, un civil qui visiblement ne leur avait rien fait pour se retrouver dans cette posture. J’avais vu la terreur dans les traits de la gamine blonde, celle qui s’était jetée dans mes bras : elle avait préféré risquer de nourrir un loup pour éviter d’être avalée toute entière par les deux qui se rassasiaient déjà entre hurlements animaux et rires narquois.

- Elle est en train de se casser la gueule…

« Et toute cette baraque se casse la gueule », mais ça je ne le dis pas à voix haute. Je le gardais pour moi, parce que ce n’était pas le moment et que ça ne le serait jamais.  

- Elle a totalement merdé aujourd’hui, ajoutai-je sans pouvoir m’en retenir. Elle a... J’hésitai un long moment, m’adossant encore un peu plus sur la machine derrière moi dont le métal me faisait frissonner l’échine. Cette fraîcheur inattendue me permettait de garder les idées claires, de contrôler les paroles qui me brûlaient les lèvres. Elle a débloqué, elle a voulu sauver Kenny après que les pacifs l’ont descendu quand on se tirait. Si je l'avais pas retenue...

J’avais à nouveau éludé dans un énième réflexe pour la protéger, la mettre à l'abri de la fureur de père et de l'incompréhension de Will s'ils venaient à l'apprendre. J'étais devenu doué dans l'art de détourner l'attention, d'encaisser seul. Sans doute aurait-il été plus sage de dire à Will la vérité qui me terrifiait : j’avais vu Ivy frapper un homme, un civil sans arme et au sol. Notre cadette l’avait roué de coups sous la perfidie de Nicodème et elle n’avait même pas percuté qu’il se servait d’elle. Ce salopard ne servait que ses propres intérêts, je veillerai à ne servir que les miens lorsqu’on viendrait m’interroger sur ce qu’il s’était passé. Pas besoin de beaucoup me forcer pour peindre le noir tableau que cette raclure avait laissé derrière lui et si ce témoignage pouvait le reléguer pour une durée indéterminée loin de ma sœur, j’aurais réussi à lui mettre la raclée que je n’avais pas eu l’occasion de lui mettre dans le train de retour. Ivy comprendrait peut-être enfin…

- Elle va m’en vouloir Will… A l’heure actuelle, je suis sûr qu’elle cherche le meilleur moyen de se débarrasser de son lâche de frère, dis-je avec un mince sourire au coin des lèvres pour cacher toute la douleur que cette réalité déclenchait. Va falloir que tu veilles sur elle, s’te plait… Parce que moi, elle me laissera pas l’approcher. Et elle a besoin de quelqu’un. Vraiment.

C’est bon, je sentais ma voix faillir. Des grésillements avaient éclaté dans les derniers sons qui s’étaient échappés de ma gorge et que j’avais crachés pour éviter que mon aîné n’y entende le désarroi monter. J’avais si peur de la perdre. Qu’un jour je me retourne et que je réalise qu’elle n’était plus là. Que je ne la reverrai plus. Envolée à jamais parce que nous n’avions pas su être là pour elle.  

Doucement, mon corps avait commencé à se balancer. Il semblait agir par lui-même, mu par une force invisible qui dans cette rythmique tranquille trouvait un moyen de ne pas s’éparpiller, de ne pas recommencer la destruction méthodique de tout ce qui l’entourait. La cabane me paraissait lointaine, comme si j’observais cette scène de plus haut et que la semi-obscurité dans laquelle elle était plongée pouvant suffire à noyer dans sa noirceur tous les sombres secrets de notre famille. Notre peine aussi. Mieux encore les mensonges qu’on se répétait à l’envie : dommage que cela n’ait pas pu les rendre plus vrais.

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MessageSujet: Re: A l'arrivée du Cobra    Sam 28 Avr - 12:19

« Ok, ok, ok. » Je n'irais pas. La réaction de Cassio surpris Will, il voulait aider, mais comment ? Il écouta son frère parler alors de leur sœur, s'ouvrir un peu même si l’aîné se doutait qu'il ne disait pas tout, Cassio ne donnait d'ailleurs aucun détail du pourquoi et du comment elle se cassait la gueule. C'est toute la famille qui se casse la gueule pensa Will, peiné. Il n'était pas loin du désespoir en terme d'action à réaliser afin de sauver les meubles. Ou peut-être bien qu'il avait déjà atteint le niveau « cause désespérée. » Il ne valait mieux pas y penser pour le moment, il y avait bien d'autres soucis plus urgents et ils discutaient de leur sœur présentement, pas de lui-même, pas de ses propres soucis ni de ses choix.

Si elle se mettait à déconner en mission et à se mettre en danger, et peut-être les autres avec elle, cela devenait un véritable problème. Père ne voudrait sans doute pas la renvoyer pour une autre mission, ce qui ne serait pas un grand mal s'il ne la connaissait pas. Ivy était aussi dévouée que maman à la cause et elle deviendrait folle si on lui retirait cette échappatoire. Sa seule échappatoire d'ailleurs. Et personne ne semblait en capacité de la comprendre, et mieux encore de l'influencer. Enfin son petit frère semblait perdre tout espoir, là sous les yeux de son aîné. Des conflits qui n'avaient pas lieu d'être, pas plus que les rancœurs qui allaient de pair. Will le sentit partir, s'éloigner et même sombrer dans une sorte de culpabilité mêler au désespoir. Naturellement et sans réfléchir il se rapprocha de son cadet et posa une main sur son épaule. C'était une main réconfortante mais surtout solide, comme si elle venait le soutenir dans la lourde de tache de porter son fardeau tout en arrêtant l'infernal balancement de son buste. Le rebelle regardait son frère dans les yeux, sans sourire, sans vaciller, il se voulait compréhensif et ouvert. Il était sûr que les liens familiaux restaient plus fort que n'importe quoi. C'était encore une fois une leçon que sa mère lui avait apprise lorsque lui et Cassio s'était disputé pour une fille.

« Ça lui passera, t'es son frère quoiqu'il arrive. Mais je te promets de l'avoir à l’œil et d'essayer de lui parler... » Will marqua une pause. Il se repassa la demande de son frère : veiller sur sœur, être là pour elle ; elle avait besoin de quelqu'un. Bon sang, le jeune homme s'en sortait très bien avec toutes les filles mais dés qu'il s'agissait de sa petite sœur, il ne savait plus comment faire. D'accord, il ne pouvait pas se la jouer comme avec les autres puisque c'était sa sœur, les sourires charmants et les petites phrases de séduction ne s'envisageaient même pas. Mais il y avait bien un point commun entre toutes les filles, sa sœur y compris non ? Quelque chose qu'elles appréciaient toutes ? Soudain, une ampoule s'éclaira. « Ou de l'écouter, plutôt. »

Will relâcha son frère et fit quelques pas en lui tournant le dos et en regardant alentours jusqu'à qu'un petit carton attire son attention. «  En parlant d'Ivy... » Il l'avait lui-même mis de côté et l'avait complètement oublié avec les derniers événements. Le mécanicien s’accroupit sous l'établi et attira le carton jusqu'à lui pour le remonter à la surface. « C'est bientôt son anniversaire... »

Était-ce un peu tôt pour changer de sujet ? Tout n'était pas dit et encore moins digéré, mais ils avaient fait le tour de l'essentiel et la journée avait dû être assez rude comme ça. Pour le reste, il fallait aussi laisser le temps au temps.

Il n'irait pas jusqu'à proposer de s'y mettre ce soir, c'était un boulot un peu trop soigneux sans doute, néanmoins ça ne coûtait rien de soumettre l'idée et d'évoquer quelque chose de positif pour changer.

« J'ai retrouvé ça dans les affaires de maman... Le mécanisme est foutu et le reste est endommagé, mais on pourrait peut-être lui réparer. Tu crois que ça lui plairait ? »

Dans la boite se trouvaient les restes d'une vieille boites à musique. La figurine de danseuse était cassée en deux, néanmoins elle aurait fait un peu trop gamine pour leur sœur. Ils feraient mieux de la remplacer par un couteau dans tous les cas, voilà qui serait plus à son goût. Cette boite à musique, il le savait, avait une grande valeur sentimentale aux yeux de sa sœur. Mais Will, malgré toutes ses bonnes intentions, ne pouvait que se tromper quand il s'agissait de sa sœur et il y avait peu de chance que cela lui plaise. Qui c'est si ce n'était pas elle-même qui l'avait cassé d'ailleurs ?
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A l'arrivée du Cobra

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