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 Un reflet du passé

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MessageSujet: Un reflet du passé    Jeu 4 Jan - 2:27

Un reflet du passé
Sélène & Hunter


Tout était fini. C'était la seule pensée lucide que je parvenais à formuler, la seule que je parvenais à extraire de l'inextricable flot d'angoisse qui me paralysait. Mes tributs étaient morts, Channelle ne s'en sortirait peut-être pas et Crystal... Dans un réflexe idiot, j'entortillais mon doigt autour du bracelet que je ne quittais jamais et sentais le relief profond de la gravure dans la fine plaque d'argent. Ma fille représentait l'objet le moins tangible de mon attention et pourtant elle était aussi ce mince espoir qui me laissait apercevoir une lueur au fond de l'abîme : si elle s'éteignait, me plongerait à jamais dans le néant.

Depuis que l'arène s'était terminée, sur cette note tragique qui m'avait replongée dans des souvenirs que je m'efforçais de repousser dans les retranchements les plus reculés de mon esprit, depuis que j'avais rencontré ce Juge et que toutes ces coïncidences m'étaient apparues comme les pièces d'un puzzle sordide, depuis que j'avais vu Channelle étendue sur ce lit d'hôpital, je ne contrôlais plus rien. Mon univers s'effondrait. J'aurais pu aller n'importe où. J'aurais dû aller n'importe où. Dans un bar pour noyer mon chagrin, chez les parents de mes tributs, chez les miens, mais je n'étais allée dans aucun de ces endroits parce que le seul où je voulais vraiment être c'était avec lui.

Assise dans l'herbe humide et boueuse du cimetière, ma paume caressa la pierre tombale avec douceur en écartant des lettres de marbre la poussière terne qui s'envola dans une bourrasque. Mes cheveux ondulèrent autour de mon visage, la vague lumière du soleil qui disparaissait à l'horizon projetait les ombres des plaques mortuaires sur le sol mais, avant de s'échapper jusqu'à demain, il éclaira le nom de celui qui se trouvait là depuis maintenant huit ans. Maël Garroway.

Mes paupières se fermèrent un instant, une larme coula en silence. Qu'est-ce que je foutais là ? Je venais trouver un réconfort qu'il ne me donnerait plus. Et surtout je venais lui dire, lui dire que Nathanaël avait fait ce que j'avais été incapable de faire, lui dire que je ne savais pas si je survivrai si quelqu'un d'autre qui m'était cher disparaissait pour toujours. Plus que tout, j'étais venue pour m'assurer que tout cela avait été réel, qu'il avait été à mes côtés, puis qu'il était mort et que de lui ne m'était plus restée qu'un enfant dont je doutais qu'il fut réellement là où il devait être. Au fond, je savais exactement ce qu'il me restait à faire mais cette perspective m'effrayait.

Est-ce qu'il me pardonnerait s'il me voyait faire et que j'avais tort ? Je ne pus réprimer qu'un sourire naquit au coin de mes lèvres, y avait-il seulement un au-delà, un monde meilleur ?

A présent mon doigt passait sur chacun des lettres de son prénom, comme une prière silencieuse dont la conclusion m'échappa bien malgré moi.

▬ Fais-moi un signe...

Le murmure avait été si bas que je n'entendis qu'un souffle s'évaporer dans l'atmosphère électrique du District Cinq. Personne n'aurait pu l'entendre et, de toute manière, j'avais veillé à ce que le cimetière soit désert lorsque j'en avais franchi les grilles. C'était imbécile, puéril, insensé. Cependant, n'était-ce pas une façon comme une autre de me dédouaner une fois de plus de mes dilemmes ? Comme ce jour où "ils" avaient choisi parce que j'avais été incapable de décider. Demander à un mort était tellement plus simple que de prendre mes responsabilités. Ma main se serra sur sa pierre si froide comparée à l'agréable chaleur qui régnait encore malgré le temps qui filait et nous emportait chaque seconde un peu plus vers le crépuscule. Je me promis alors de faire ce qu'il faudrait, de faire tout ce qu'il faudrait.

Posé sur le bout des doigts, mon baiser rejoignit sa tombe tandis que je m'autorisais un sourire tendre que jamais il ne verrait.






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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Jeu 4 Jan - 19:03

Un reflet du passé
Sélène & Hunter
Ce soir, le temps était plutôt doux. Une fine brise aérait l’air du district, qui était très lourd en cette fin de mois de septembre. Je m’étais fait régulièrement cette réflexion tout le long du mois, mais c’était rare d’avoir un temps aussi sec en septembre. Il n’y avait pas vraiment eu d’averses ou de vent, si, il y avait bien eu un orage, mais ce n’était rien de bien méchant. Là, ce vent frais venait faire beaucoup de bien aux habitants du district, et notamment à moi. J’avais passé quasiment trois mois à fondre, et enfin je pouvais sortir. Je ne supporte vraiment pas la chaleur. Mais ce temps me convenant très bien, je pris mes clefs et sortis faire un tour dans le district, en errant un peu, voyant ou mes pieds m’emmèneraient.

Je m’aventurais donc dans la grande cité rouge du district 5. Cité rouge, à cause de tous les bâtiments de brique de cette couleur si caractéristique de cet endroit. En fait, cette couleur faisait le charme du lieu. Sans ce rouge présent continuellement, je ne me sentirais pas chez moi, c’est l’impression de dépaysement que j’avais lors de chacune de mes consultations dans les districts alentour. Justement, c’est cette même couleur que mon frère Maël adorait.

Maël… Cela faisait maintenant au moins huit ans qu’il nous avait quittés, assassiné par la Featherstone. Elle devait être rentrée des jeux, maintenant que les deux nouveaux tributs qu’elle avait envoyés à la mort étaient décédés. Comment s’appelaient-ils déjà ? Il y avait Pearl, dont Hunter avait malheureusement rencontré la sœur, qui ne l’avait pas vraiment aidé, et l’autre devait être Nathanaël. Tous deux morts. D’accord, dire que c’était la faute de Sélène est un peu fort, j’en convient. Je ne dois pas me laisser aveugler, sinon je ne serais jamais assez conscient pour lui porter le coup fatal sans en subir les conséquences.

Penser à Maël me conduisit tout naturellement au cimetière, chose que je n’avais pas du tout prévue. Je n’aimais jamais retourner vers le passé, et c’était un lieu dans lequel je ne m’aventurais que très rarement. Mais là, était-ce le temps agréable, ou le soleil en train de sombrer, je ne savais pas trop, mais le fait est que j’arrivais devant les grandes grilles de métal qui fermait le lieu. Je poussais les portes qui s’ouvrir dans un grand grincement, elles devraient être graissées plus souvent vraiment, tout le monde apprécierait. Mais bon les fonds du district n’étaient pas extensibles, et les morts ne demandent rien.

Je m’aventurais dans le chemin plutôt boueux, dû à l’irrigation automatique des plantes du cimetière, qui étaient vraiment très mal réglées. Vraiment, il n’y avait aucun respect des morts ici… Je m’engageais dans le chemin, et prit à droite, vers la deuxième partie du cimetière. Je n’y croisais personne. La plupart des fleurs ici étaient soit noyées, à cause de l’arrosage, soit desséché, à cause du climat. Enfin, j’entrevis la pierre tombale de mon frère dépassée. Devant celle-ci, une fille brune que je ne semblais pas connaître se recueillait. Je m’approchais d’elle, afin de lui tenir compagnie, à elle et à Maël. Mais plus j’étais proche, plus il me semblait connaître ces courbes, et ces longs cheveux noirs. Elle avait la main posée sur la pierre. Cette main, je la connaissais aussi. J’arrivais à sa hauteur, en accélérant le pas, n’y croyant pas. Et en tournant la tête, je la vis.

Non.

Ce n’était pas possible.

Pas ici.

Pas elle.
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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Ven 5 Jan - 2:39

Un reflet du passé
Sélène & Hunter


Mon regard était resté fixé sur le baiser à mon amour perdu, là où les lettres inscrites à jamais dans la pierre me jetait au visage l'affreuse vérité de son éternelle absence. J'aurais dû partir, me lever et rejoindre la gare pour attraper le dernier train qui me ramènerait au District Un. Peut-être pourrais-je même mettre à exécution mon plan d'ici cette nuit ? J'en serai capable, il me faudrait juste une pelle. Et du courage.

Le grincement des grilles avaient dû s'enrouler dans les bourrasques que le vent sec soufflait entre les tombes, car je ne l'avais rien entendu. Pas plus d'ailleurs que ces pas feutrés sur l'herbe qui s'approchaient inlassablement du même disparu pour lequel nos cœurs pleuraient encore avec amertume. Pourtant, à cet instant, lorsque le soleil crépusculaire a jeté son ombre sur ma main encore tremblante, je l'ai immédiatement reconnue. Mes yeux se sont levés et j'ai croisé son regard, ce regard que j'aurais reconnu entre mille même des années après qu'il l'ait posé une dernière fois sur moi.

▬ Maël... ai-je lâché comme une évidence.

Mon expression oscillait entre sourire épanoui de bonheur et traits tirés de peur. Je tentais maladroitement de me redresser, les jambes tremblantes, pour lui faire face. Je ne pouvais pas lâcher cette hallucination des yeux, tant je craignais qu'il disparaisse au moindre de mes battements de cils. Je ne pouvais pas le perdre à nouveau. Maël. J'avais demandé un signe et voilà qu'il se tenait là devant moi. Debout, vivant.

▬ Tu...

J'avais tendu ma main vers lui, vers son visage toujours si réconfortant et qui avait pourtant l'air aussi décontenancé que moi. Aussi étonné. Aussi perdu. Mon geste et mes paroles se stoppèrent soudainement avant que nos peaux n'aient pu se toucher. Les mots étaient coincées dans ma gorge. Mais qu'est-ce que je lui voulais dire au fait ? Lui demander comment il pouvait être là ? C'était insensé. Le choc initial laissait finalement place à la raison, celle que j'étais sans doute en train de perdre. Les détails m'apparurent alors, sans doute mon esprit s'était-il contenté de les occulter jusqu'à présent : sa carrure était plus importante, ses traits jeunes s'étaient crispés dans un masque plus mature, même ses prunelles s'étaient assombries... Et elles se cessaient de gagner en noirceur à chaque seconde qui s'écoulait. Maël ne m'avait jamais regardée comme ça.

▬ Qui êtes-vous ?

J'avais reculé d'un pas, toujours aussi tremblante. Mes yeux bougeaient nerveusement en scrutant ses pupilles, le dévisageant chaque instant un peu plus dans une tentative de sonder son âme. Cette âme que j'avais moi-même perdue au fond de cette arène sans savoir que la sienne avait vu sa moitié se briser.  






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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Ven 5 Jan - 11:15

Un reflet du passé
Sélène & Hunter
Non, non, non, non, non, NON ! Je n’étais pas prêt, pas maintenant, c’était trop tôt. Pas ici, dans ce lieu sacré, elle ne POUVAIT pas être présente. Je ne voulais pas y croire, il me fallait plus de temps. Toujours plus de temps pour être mieux préparé. Là, là, c’était … Ce n’était pas possible. Elle n’avait pas le droit de se trouver sur la tombe de MON frère, de MON Maël. J’étais venu ici pour oublier, pour penser à autre chose, me détendre un peu, et je lui tombais dessus. Elle qui était à l’origine de tous mes maux, elle continuait de me tourmenter où que j’aille. Quand je travaillais, je pensais à elle. Quand je mangeais, et même quand je dormais. Et à présent je l’avais sous les yeux.

Le Capitole ne l’avait pas embellie, et elle était tout aussi jolie que lorsqu’ils avaient regardé les jeux. Mais ça, Hunter ne le voyait pas, où ne voulait pas le voir, à cause de son aveuglement colérique.

Ses longs cheveux bruns ondulaient dans le vent, et ses petits yeux bruns, embués de larmes se tournèrent timidement vers moi lorsqu’elle se releva en chancelant, sous le choc que ma vision lui procurait. Elle ne devait apparemment pas me connaître, Maël n’avait donc pas du dû tout lui parler de moi. Elle me prit pour lui. Pourtant nous étions totalement différents. Elle m’appela même par le nom du garçon qu’elle avait tué, et commença à approcher sa main de mon visage, timidement. Je n’esquissais pas un seul geste, faisant mine de ne pas voir sa main, mais elle la stoppa quand la raison rattrapa le cœur. Elle comprit que je n’étais pas lui. Sûrement à mon regard, car je sentais une flamme ardente sur le point d’exploser derrière mes pupilles. Je résistais grandement à la tentation d’empoigner sa gorge.

J’essayais de penser à Maël. Il n’aurait pas voulu que je fasse ça. Il était là, entre nous, me sommant de ne rien faire. Elle recula, sembla apeuré, et vint la question fatidique de mon identité.

- Hunter. Le frère de feu Maël, lui répondis-je en insistant bien sur le feu.

Je ne savais que faire. En même temps je voulais la voir morte, la voir croupir au fond du lac en train de se dessécher, voir sa peau tomber, se décomposer, et en même temps, j’entendais la voix de Maël. La voix de Maël, me disant de ne rien faire, que ça ne règlerait rien. Je n’en pu plus de la fixer, et détournait le regard en m’essuyant les yeux d’un revers de manche, et m’asseyait sur la tombe.

- Je sais qui vous êtes. Je sais ce que vous avez fait. Pas comme tous ces ignares qui ont cru à votre discours.

Le ton plein de reproches, je n’arrivais plus à supporter le poids de son regard, qui semblait si fragile, et qui avait tant besoin de réconfort et d protection. Mes idéaux étaient en train de s’effondrer, je ne pouvais pas croire qu’une jeune femme si frêle et innocente ait pu faire tout ça lors des jeux. Alors je me repassais la scène de la mort de mon frère en boucle. Encore, et encore. Pour m’assurer une bonne fois pour toutes que c’était elle qui l’avait tué.
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Dernière édition par Hunter Garroway le Sam 6 Jan - 17:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Ven 5 Jan - 23:03

Un reflet du passé
Sélène & Hunter


Je n'arrivais pas à le lâcher du regard. Une angoisse sourde, flirtant avec la terreur, cognait dans ma poitrine au même rythme que sa respiration saccadée que je voyais soulever sa poitrine, cette vie qui l'animait encore ne pouvait pas être mais je le contemplais avec un ridicule espoir. Cette connexion en devenait hypnotique, envoûtante, dangereuse. Mes lèvres picotaient de ce désir fou que j'avais de me jeter à son cou, de le couvrir de baisers et de lui dire combien j'étais désolée, combien j'aurais aimé que les choses soient différentes. Que j'aurais dû mourir pour lui. Ce frémissement interne ravivait une flamme éteinte, une tentation brûlante qui déjà m'enflammait les sens. Ses pupilles se consumaient d'une lueur aussi noir que l'ébène, que le plumage d'un corbeau. Oiseau de mauvais augure. Je n'arrivais pourtant pas à me détacher de ses beaux yeux sombres et terriblement captivants.

C'est alors qu'il se révéla, frère de mon défunt amour. Sa voix me fit l'effet d'un coup de poignard, elle n'avait pas les mêmes inflexions douces et chaleureuses que celle de Maël mais je n'avais aucun mal à y reconnaître ses sonorités à la fois calmes et fortes... Je ne savais quoi lui répondre, alors je me tus, lèvres entrouvertes et larme serpentant sur ma joue pâle.

Maël avait peu évoqué sa famille pendant l'arène, nous vivions au jour le jour et je crois que c'était notre façon de ne pas penser à ceux que nous risquions de laisser derrière nous. Le stupide voile que nous mettions entre nous et tout ce qui aurait pu nous rendre vulnérables, même si avec lui ce n'était qu'une façade. La nostalgie le dévorait à chaque fois que les câbles s'entortillaient entre ses doigts, qu'il m'expliquait des montages auxquels je ne comprenais rien... Mais je m'enveloppais dans le son de sa voix et m'y perdais des heures durant... Jusqu'au dernier cri.

Sentiment de décalage, les souvenirs me submergeaient. Telle une tempête qui m'emportait avec elle dans des abysses insoupçonnées, je me sentais ballotée entre des courants contraires. Son frère et moi, nous avions tant en commun. Son frère et moi, nous étions si différents.

Il m'était impossible de me cacher ce que je voyais en lui à présent. Une colère, non que dis-je de la rage. Une espèce de sauvagerie vivace voilà ce qui passait dans le flou de ses traits qui se crispaient chaque seconde davantage et qui creusait l'abîme de noirceur que ses yeux embués de larmes me renvoyaient. Il les écarta d'un revers, comme on remonte les manches avant la bataille. Ma vue ne le troublait pas, elle réveillait une force brute qu'il essayait de contenir. Éviter de brises ses chaînes qui l'avait sans doute maintenu en vie pendant des années. L'une d'elles crissa, lorsqu'il s'assit sur la tombe de son frère et lâcha l'ultime reproche qu'il devait nourrir depuis sept longues années.

J'avais déjà vu ce regard, j'avais déjà senti sur moi le poids des mots et des reproches. Il me haïssait et c'était normal. Alors pourquoi ne pouvais-je le supporter ?

Parce qu'il ressemblait tant à Maël, me répétait un murmure au fond de ma poitrine.

▬ Maël est mort par ma faute, articulai-je difficilement en détachant chaque mot.

J'avais besoin de me faire du mal. Il se refusait à me gifler, je le voyais bien : je ne la connaissais que trop cette étincelle qui brille avant un combat, celle qui indique la hargne que vous mettrez dans vos coups. Il voulait me voir souffrir. Et moi, j'en avais besoin.

▬ Et je me fiche de ce que vous ou tous les autres habitants de Panem croyez savoir...

Les fines gouttes poursuivaient leur avalanche sur mon visage, sans qu'aucun sanglot ne m'échappe pourtant. L'air fuyait mes poumons, me donnant l'impression de suffoquer un peu plus à chaque nouvelle inspiration.

▬ Il sait, dis-je sur un ton plus doux en réussissant pour la première fois à détacher mon regard de sa silhouette désormais échouée à mes pieds, sur le rivage mortuaire de son amour fraternel.▬ Et vous vous ne savez rien.

J'avais fini sur ses mots avec une véhémence teintée d'un désespoir que je ne me connaissais pas. Qu'est-ce que je cherchais à faire au juste ? A le blesser, à me blesser moi ? A nous faire du mal ? Cela faisait si longtemps que j'attendais un châtiment pour ce qui était arrivé ce jour-là et il était là. Ma sentence était là, une peine immense que me renvoyait le reflet d'un passé qui était enterré sous nos ombres déchirées.  







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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Sam 6 Jan - 17:34

Un reflet du passé
Sélène & Hunter
- Oui. Par votre faute. Tout le monde sait ça, répliquai-je sèchement.

Mais par sa faute, c’était dur de dire ça. Je sais que pendant huit ans, j’ai toujours jeté la faute sur elle, mais le capitole y était aussi pour quelque chose. Elle n’avait fait que se battre pour sa vie, et c’est mon frère qui avait pris. En soit, cela se serait peut-être déroulé autrement si Sélène avait simplement tué Maël comme elle avait tué les autres tributs. Mais le fait est qu’elle avait dit l’aimer. Elle l’avait séduit, ils en étaient même venus à coucher ensemble devant des millions de téléspectateurs. Après ça, elle n’avait plus le droit de le tuer. Ils ne pouvaient gagner que tous les deux, ou alors aucun. Il lui était dans ces conditions interdit de le tuer. Imaginez qu’elle soit tombée enceinte après leur rapport, comment un fils aurait réussi à grandir sans son père, il lui aurait manqué une partie de sa vie.

Elle détourna son regard de mon visage. Sa voix qui semblait incertaine avait l’air d’être adoucie. Apparemment elle se fichait de mon avis. Encore un de ces mensonges. Mon avis lui importait forcément. J’étais celui qui avait été le plus proche de Maël, elle ne pouvait pas être indifférente de mes émotions, même si l’on ne se connaissait aussi peu.

Mais même en se connaissant aussi peu, ma haine était toujours présente, et j’avais pitié de moi-même. J’entendais Maël, qui semblait plus proche que jamais, me disant de ne pas le venger. Je m’entendais moi, me hurlant de me venger, et de me venger maintenant, quelles qu’en soient les conséquences. Mais il fallait attendre. Encore un peu. Je ne pouvais pas me venger aussi rapidement, elle qui semblait si vulnérable.

Mais elle mourrait. Et je savais exactement comment, j’avais eu des années pour y réfléchir, des années pour trouver le meilleur plan, le plan qui me permettrait de l’avoir, sans me faire avoir. Je savais qu’elle était plus forte physiquement, et que si elle décidait de m’attaquer je n’aurais aucune chance. C’est pour ça que mon aveuglement me fait peur. Par cet aveuglement, je peux mourir, et voir toutes mes chances de réussite réduire au néant. Je ne savais pas quand, ça c’est sûr, mais je savais qu’elle mourrait, par MES actions.

Sa dernière phrase, presque énigmatique, me fit un peu passer la tendresse soudaine que je venais de prendre à son égard. Elle semblait remettre en question mes connaissances, ou alors elle voulait me tester. Je ne savais pas trop. Mais je préférai ne rien laisser paraître, et je lui répondis sur un ton tout aussi mystérieux. Sans avoir bougé d'un pouce sur la pierre tombale, sans lui avoir adressé un seul regard.

- Alors, expliquez-moi.

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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Mer 10 Jan - 2:10

Un reflet du passé
Sélène & Hunter


Nos silhouettes se fondaient presque dans le décor. Deux âmes en peine dont les contours immobiles pouvaient faire croire à des statues de pierre parmi les tombes, deux corps à la dérive dans une marée funeste. Fouettés par le vent qui faisait courir son cri strident dans les grilles au loin alors même que le soleil nous gratifiait de ses derniers rayons, nous ne bougions pourtant pas. Entre désespoir et souffrance, je ne défaillais pas. On dit que le temps arrange tout, c'était des foutaises. La date inscrite dans le marbre me paraissait être hier et l'homme qui se tenait au-dessus n'était qu'une ombre du présent.

Il me tournait toujours le dos d'ailleurs. Mon cœur se serra, il m'était douloureux de le voir ainsi accroupi à mes pieds comme Maël l'avait été tant de fois dans l'arène. Assis sur un rocher à flanc de colline, il me jetait des regards en coin et je ne pouvais pas m'empêcher d'y répondre par un sourire léger, parenthèse idiote dans un jeu qui l'était tout autant. Ici, on ne jouait plus. On ne jouait plus depuis longtemps...

A présent que l'émotion retombait et que le choc premier désertait mon être, je ne pouvais éviter les pensées qui se bousculaient, à commencer par celle qui m'effrayait le plus : comment ce frère dont je n'avais jamais eu connaissance pouvait lui ressembler autant ? A en voir ses traits, je pouvais deviner qu'ils avaient dû avoir presque le même âge mais un air de famille pouvait-il suffire ? En vérité, ce n'était pas important. Cette nouvelle question n'était qu'un leurre, comme toutes les autres : si elles prenaient plaisir à tourmenter mon esprit, c'est parce que ce silence qui s'était installé entre nous, plongés dans la tourmente de nos réflexions, en devenait presque rassurant.

Alors même que je pouvais presque palper sa colère à mon égard, un cocon rassurant semblait avoir entouré cet espace autour de nous. Une bulle fragile qui risquait d'imploser à tout moment et dont je refusais de briser l'équilibre en tournant talons. Il s'agissait d'un leurre, rien de plus. Toutefois ce sentiment était si fort que je me refusais à le détruire, même s'il me faisait aussi souffrir.

Sa voix finit par s'élever à nouveau, avec cet accent égal qu'il feignait toujours en m'ignorant. Il ne voulait pas me gratifier de son regard, il me punissait à sa façon ou bien peut-être ne supportait-il pas aussi bien la situation qu'il essayait de le faire croire avec ses déclarations brutes. Le calme mystérieux de sa demande contrastait avec la tempête qui semblait attendre le moindre éclair pour éclater entre nous et briser ce fil où, pauvres funambules, nous tanguions en serrant les dents.

▬ A quoi cela servirait-il ? Ça ne ramènera pas Maël... Ni n'effacera votre douleur...

J'avais été directe, franche, dure. Cependant, que pouvais-je lui répondre de plus ? Que son frère avait été assassiné par les Juges ? Que j'avais essayé de le rattraper ? Les images mentaient et les gens, aussi dégourdis soient-ils, croyaient toujours ce qu'ils voyaient : les apparences étaient trompeuses, surtout à Panem, je l'avais appris à mes dépens. Son ombre devant moi, agenouillée sur la tombe de son frère, me rappelait que je n'avais pas le droit de lui faire du mal, même si cela aurait pu me soulager. Le masque se fissurait.

Dans un mouvement tremblant, je m'agenouillai à côté de lui, fixant toute mon attention sur les lettres dans la pierre. J'avais été une carrière forte, combattive, mais jamais je n'avais été courageuse. Impossible de tourner mon regard vers Hunter, ce frère qui avait tant perdu. Les mots glissèrent pourtant entre mes lèvres, pendant que mes prunelles caressaient la tombe avec un éclat de douceur. Chacun filait avec la terreur de son double-sens vibrant dans les veines.

▬ Les Jeux, l'arène... Tout y est plus intense, plus réel... C'est pour cela que je l'ai aimé, jusqu'au dernier instant. Il... Il avait cette facilité à croire en la bonté des autres, à révéler ce qu'il y a de meilleur en eux, lâchai-je dans un murmure.

Déjà je me perdais, l'illusion de pouvoir contenir le flot de souvenirs se dissipait lentement. Pourtant je savais où ça menait et ce n'était pas un lieu dans lequel je souhaitais m'aventurer tant il était peuplé de démons cruels...  

▬ Et pourtant ce qui est diffusé sur les écrans est tellement loin de tout cela... Tout est tellement artificiel, "sélectionné"... finis-je sur un ton qui trahissait mon écœurement.

C'était imbécile. Qu'étais-je en train d'essayer de faire ? De me racheter en lui révélant une vérité qui ne servirait à rien si ce n'est à raviver son chagrin? Il ne la croirait jamais et je n'avais pas à faire cela, je ne pouvais pas : pire, je n'avais pas le droit de le blesser. Pas à nouveau. Assumer et laisser la culpabilité me ronger, c'était mieux pour tout le monde. Au moins, il pourrait continuer à haïr quelqu'un. Il en avait besoin au moins autant que je brûlais de recroiser une fois encore son regard, tel un dernier reflet du passé. Encore une chose dont j'étais incapable, Maël s'était trompé : je n'avais jamais été brave, juste une idéaliste trompée.

▬ J'ai tué Maël. Pas de la façon que vous pensez, mais j'ai été volontaire pour aller dans l'arène et lui a juste subi parce qu'aucun de nous ne connaissait les règles... Tout ça parce qu'un vainqueur vaut parfois mieux qu'un autre.

Sur mes cuisses, mes poings s'étaient serrés à en froisser la toile fine de mon pantalon sombre. Mes ongles s'enfonçaient dans mes paumes, bientôt des marques profondes s'y formeraient comme celles qui tatouaient mon cœur depuis qu'une falaise avait emporté le vrai vainqueur des Jeux de 2229. J'aurais aimé que son frère comprenne tout, qu'il sache mais je savais qu'il était aussi loin de moi et de ce monde fourbe que Maël était loin de nous.






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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Dim 14 Jan - 14:31

Un reflet du passé
Sélène & Hunter
Non, cela ne ramènerait pas Maël, parce qu’il était mort. C’était vraiment utile de me préciser ça, comme si je ne le savais pas. C’était toi qui l’avait tué, arrête de me le rappeler tout le temps, j’essaye de me calmer tu ne vois pas, essaye de m’aider. Intérieurement, je brûlais encore plus, mais je ne fis rien paraître extérieurement, et restait toujours aussi calme, tout du moins pas dans mes paroles.

- Oui, ça ne le ramènera pas. Plus rien ne le ramènera maintenant…


Mais il ne fallait surtout pas que je m’énerve. Je pris lentement mon inspiration, pour respirer l’air frais de ce lieu calme, et à la douce odeur qu’exhalait le parfum de Sélène. Lentement, je me relevais, toujours en évitant de la regarder, fixant la pierre tombale de mon frère, sentant malheureusement toujours la présence de cette meurtrière à côté de moi. Quelques secondes, je restais comme ça, immobile, à fixer la pierre. Je pensais à tout, et en même temps à rien. Je ne savais pas du tout ce que je pouvais lui dire, ce que je pouvais lui faire, alors j’attendais.

Enfin, je me retournai vers elle, et la fixa, droit dans les yeux. Sans détourner le regard, je gardais le mien dans le sien, pour faire je ne sais trop quoi. C’était sûrement pour moi une sorte de façon pour la tester, pour savoir combien de temps elle résisterait sous cette pression psychologique que je lui imposais. Enfin je ne savais pas véritablement. Nous restâmes comme ça quelques minutes, jusqu’à ce que je m’aperçoive que le nuit était déjà bien arrivé.

Je ne m’étais pas rendu compte que cela faisait aussi longtemps que nous étions dans le cimetière, j’avais toujours l’impression d’être arrivé il y a seulement une minute. Alors une idée me vint. Une première idée afin de faire ami-ami avec cette fille. Elle était sûrement loin de chez elle, n’avait sûrement pas de quoi se loger cette nuit, donc elle serait sûrement ravie que je l’accueille chez moi, ce qui me permettrait dans le même temps à bien plus la connaître, ce qui ne serait pas plus mal finalement.

- Il fait plutôt sombre. Je sais que, que notre conversation à été un peu tendu, mais ça me fait beaucoup de bien de vous parler, vous a qui je n’ai pas arrêté de penser pendant toutes ces années. Si vous voulez on peut manger un bout chez moi pour continuer de parler.

Je ne sais pas si j’avais été franchement crédible, je l’espérais en tout cas, et si même Sélène Featherstone accepterait ma proposition, qui lui paraitrait sûrement étrange venant de quelqu’un qu’elle ne connaissait à peine, et qui pourtant la connaissait depuis longtemps. Ou du moins je connaissais l’image que les jeux avaient créée, et celle que je m’étais faite d’elle. Mais en toute honnêteté, je pense que cette image était la seule qu’il fallait retenir. L’image d’une meurtrière, d’une trompeuse hypocrite, d’une séductrice sans scrupule.

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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Lun 22 Jan - 1:48

Un reflet du passé
Sélène & Hunter


En réponse à mes paroles, un silence pesant s'installa entre nous. Il s'immisça tel un mur infranchissable, invisible et pourtant si indestructible qu'il en donnait le vertige. Cette sensation de tanguer entre deux mondes, l'un regorgeant de souffrances encore plus intenses que l'autre, me paralysait. Parenthèse que personne n'aurait pu comprendre, je n'étais pas certaine que nous-mêmes en connaissions la signification profonde. Peut-être n'y en avait-il pas d'ailleurs...

Après un long moment, j'eus enfin le droit à un regard. Impossible de manquer la haine qui y transparaissait et l'amertume à peine voilée au bout de ses lèvres serrées. Pourtant son air farouche m'apaisait plus qu'il ne me blessait. J'aurais dû me sentir mal, j'aurais dû me sentir coupable de lire toute cette colère dans ses yeux : au lieu de cela, j'étais soulagée de pouvoir enfin le contempler. Je caressai chacun de ses traits, notai son air défiant et m'abreuvai de son expression d'animal sauvage. Maël aurait-il eu le même visage s'il avait vécu ? Mon cœur pleura à cette pensée, mais je ne me détournai pas pour autant. Jamais je n'aurais rompu ce contact, même s'il me transperçait bien plus douloureusement que n'importe quelle lame.

Tout cela n'était qu'un leurre, une manière de me punir car, au fond, je savais que Maël n'aurait jamais été ainsi. Il n'aurait jamais pu me poser sur moi cet air empreint d'une rage violente. Toutefois ce frère dont j'ignorais jusqu'alors l'existence ne me prouvait-il pas que je ne connaissais pas mon premier amour aussi bien que je l'aurais voulu ?

Le soleil déclinant à l'horizon, les pupilles claires d'Hunter prirent des teintes plus obscures. Elles n'en étaient qu'encore plus envoûtantes, mystérieuses, tant et si bien que plusieurs minutes s'écoulèrent sans que je ne réalise l'heure tardive que souligna bientôt le jeune homme qui me faisait face.

Toujours agenouillés de part et d'autre de la pierre tombale, je me figeai à sa proposition et ne pus empêcher l'expression soupçonneuse qui s'imprima sur mon front, y creusant deux rides légères entre mes sourcils froncés. Hunter avait été si distant, muet et il affirmait que notre conversation lui avait fait du bien... Mon monologue voulait-il dire ! Soit il faisait partie de ces personnes contradictoires et difficiles à cerner, soit il tentait de m'attirer chez lui... Mais dans quel but ? Bien entendu, j'avais lu cette violence dans sa silhouette tendue à l'extrême. J'en comprenais le deuil jamais consumé de son frère. Cependant, que pouvait-il bien attendre de plus ?

▬ Je... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée... glissai-je en détournant le regard sur la gravure dans la pierre grise.

Je n'étais pas certaine qu'il soit sain d'esprit, pas après ce qui venait de se passer et la facilité avec laquelle il venait de m'inviter à dîner. Un instant, l'idée de voir Channelle tuée dans les Jeux, puis de dîner avec son meurtrier me donna la chair de poule bien plus que la brise dont la fraîcheur s'infiltrait toujours plus entre les mailles de mes vêtements fins.

Il avait dit que ça lui faisait du bien, beaucoup de bien.

Et si je devais cela à Maël, s'il m'offrait une chance de me racheter du mal que l'arène avait pu faire à ses proches. C'était totalement irrationnel ! Idiot et insensé, comme cette proposition tout sauf naturelle dans l'ambiance glaciale que nous avions entretenue depuis notre rencontre. Alors bon sang, pourquoi avais-je envie de dire oui malgré mon instinct qui me criait de fuir ? Je tentais de me donner de bonnes raisons d'accepter, tout en sachant que ce n'était pas raisonnable.

▬ Je ne suis pas certaine de pouvoir vous apporter ce que vous recherchez... Je ne voudrais pas vous faire plus de mal que je pense vous en avoir déjà fait.

Est-ce que j'aurais pu émettre pire réponse ? Je ne crois pas. La balle était dans son camp : une seule parole me suffirait à céder à la tentation de me rapprocher de lui ou à le fuir sans attendre...






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MessageSujet: Re: Un reflet du passé    Hier à 10:55

Un reflet du passé
Sélène & Hunter
Le refus. Il fallait s’y attendre, lorsqu’un inconnu qui a des envies de meurtre vous invite chez lui, on n’est pas très confiant. La réponse de Sélène ne me choqua pas. Nous étions toujours face à face, attendant, sans vraiment dire quelque chose. Je ne savais moi-même pas vraiment quoi lui répondre.

Ce n’est pas, bien sûr, les idées qui me manquaient. J’avais plein de choses sur le cœur que je pouvais lui dévoiler, mais ce n’était pas le moment. La surprise de la rencontre m’avait rendu impatient, et je n’avais pas pu m’empêcher d’agir de façon irréfléchie. Ce n’était pas bien, pas digne de moi. Je devais me ressaisir.

Je regardais devant moi, les autres pierres tombales dans l’obscurité. Certains de ces cadavres étaient peut-être dû, eux-aussi, à la folie de quelqu’un comme Sélène. Ou alors étaient-ils mort tout simplement, en tant qu’honnête citoyen, de vieillesse ou de maladie. Pas comme Maël. J’entendais le souffle haletant de Sélène, que je dévisageais consciemment. Elle était juste à côté de moi, et ne savais pas, tout comme moi, quoi dire de plus. Elle était tout aussi perdue et décontenancée.

- Une bonne idée… commencai-je. Mais Sélène, qu’est-ce qu’une bonne idée ? Est-ce que c’était une bonne idée de sauter mon frère avant de le faire sauter ? Une bonne idée de le tuer sans regret, sans rien garder de lui à part un souvenir, une amertume à peine perceptible ? Rien de ce que tu as fait n’a jamais été une bonne idée, alors qu’est-ce que ça changerait ?

Il y avait trop de haine dans ce que je venais de lui dire. Une haine qui se sentait. Mais je sentais que lui avoir dit ça me relâchais un peu. Il fallait que j’en profite. Une faible brise venait s’écraser contre nous deux, une brise dont le murmure nous était quasiment imperceptible. Ce doux air frais était revigorant, et me donnant de l’espoir quant à la manœuvre que j’allais entreprendre.

Alors je pensais à Maël. Très fort.

Je sentie autour de mes yeux des larmes qui commençaient à s’agglutiner. De plus en plus. Elles glissaient sur mes joues, et vinrent s’écraser sur le sol, sans un bruit. Je tournais ma tête vers Sélène. La flamme qui brillait auparavant dans mes yeux, la flamme de haine, s’était changée en flamme de chagrin.

- Je… Je n’ai le souvenir de rien… ni du son de sa voix, du bruit de ses pas, de son rire, de ses histoires… Je suis… Je suis nu dans les ténèbres, je n’ai même pas le souvenir de l’apparence de mon propre frère. Face à un miroir, je pourrais le voir, à travers moi, mais c’est toi que je vois. Je te vois tout le temps, seulement toi, de mes yeux clos quand je dors, et de mes yeux éveillés quand je travaille… Tu me l’as pris, ils me l’ont pris, je n’en sais rien, mais maintenant il n’est plus là… Et je suis perdu…

Je tombais à genou, et posai ma tête sur la pierre de Maël. Je sanglotais réellement à présent, de sanglots honnêtes et réel. De ma main droite, je frappais la pierre de mon poing, encore, et encore, afin d’évacuer la douleur par la douleur. C’était trop pour moi, j’était définitivement perdu.

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